"La justice a fermé les yeux": privé de sa fille pendant 10 ans, il se bat pour faire condamner l'État

Xavier Couderc a retrouvé sa fille Christine dix ans après l'enlèvement de celle-ci par sa mère.  - DR
Xavier Couderc a retrouvé sa fille Christine dix ans après l'enlèvement de celle-ci par sa mère. - DR

C'est un combat qui occupe une place conséquente dans la vie de Xavier Couderc. Physiquement d'une part, par les documents et les articles de presse sur l'enlèvement de sa fille, entassés dans une armoire à son domicile. Métaphoriquement aussi, le Clermontois ayant lutté pendant dix ans pour retrouver son enfant.

Mais après avoir renoué avec Christine, que sa mère a enlevée de ses 7 ans à ses 17 ans, l'emmenant jusqu'au Venezuela, c'est une nouvelle joute qu'a entrepris Xavier Couderc, cette fois-ci contre le système judiciaire.

Considérant avoir été abandonné dans ses recherches pour retrouver sa fille, il a obtenu la condamnation de l'État pour faute lourde, en première instance comme en appel, le 2 février dernier. Aux côtés de son avocate, il se pourvoit à présent en Cassation pour faire reconnaître l'ensemble des faits dont il se considère victime, estimant que la justice n'a pas reconnu tous ses torts.

"J'ai su que je ne la reverrais plus"

Xavier Couderc rencontre son ex-compagne en République tchèque, pays dont la jeune femme est originaire et où se rend régulièrement le chauffeur routier dans le cadre de son travail. Une petite fille, Christine, naît de leur union en mars 1996, à Clermont-Ferrand, où le couple vit.

Après avoir enlevé la petite fille une première fois pour retourner dans son pays, trois mois après la naissance, la mère finit par obtenir sa garde en 2003. Christine, âgée de 7 ans, part alors vivre en République tchèque avec sa mère. Xavier Couderc, lui, a un droit de visite chaque premier week-end du mois ainsi que la moitié des vacances scolaires.

"Mais ce jour-là, j'ai su que je ne la reverrais plus", confie-t-il, interrogé par BFMTV.com.

Droits de visite bafoués

Un instinct qui se révèle juste: chaque fois qu'il se rend à Prague pour voir sa fille, son ex-compagne refuse de lui ouvrir la porte. Pas de quoi décourager Xavier Couderc, qui se présente inlassablement, tous les mois pendant cinq ans, au domicile de Christine et de sa mère. En vain.

"Au total, j'ai déposé 58 plaintes", compte le Clermontois.

Le même scénario se répète chaque mois. De retour en France, Xavier Couderc traduit à ses frais les plaintes déposées en République tchèque, les transmet au parquet par le biais de son avocat, sans pour autant qu'un mandat d'arrêt soit délivré.

Christine et sa mère quittent Prague

Après ces multiples allers-retours entre Clermont-Ferrand et Prague, Xavier Couderc se voit un jour contraint de pousser les recherches plus loin: la mère de Christine s'est évaporée avec sa fille après avoir quitté la République tchèque.

"Soit je continuais mes recherches, soit j'abandonnais ma fille. Mais si un jour, une jeune femme se présentait devant ma porte en disant s'appeler Christine Couderc et en me demandant ce que j'avais fait pour la retrouver, je n'aurais pas pu répondre. Je devais assumer jusqu'au bout." 6244892572001_6300663205001

Toujours avec la sensation d'un abandon écrasant de la justice française, le père engage alors plusieurs détectives privés pour retrouver la trace de Christine.

"Fausse information"

Il insiste également auprès du parquet pour que soit délivré un mandat d'arrêt international, n'hésitant pas pour cela à se rendre jusque dans le bureau des magistrats qui se sont succédé au poste de Procureur de Clermont-Ferrand pendant dix ans. L'un d'eux lui manifeste à plusieurs reprises son agacement, disant être "harcelé" par voie de presse et lui rétorquant ne pas avoir la possibilité de délivrer le mandat souhaité.

"C'était une fausse information délivrée à un justiciable. Il aurait pu saisir un juge d'instruction et demander à ce que soit délivré un mandat pour cette enfant qui était Française", estime Me Anne-Laure Lebert, son avocate, auprès de BFMTV.com.

Sans le concours de la justice internationale, Xavier Couderc finit par retrouver la trace de sa fille, grâce à un détective privé qui place le père de son ex-compagne sur écoute. Grâce aux informations recueillies par ce biais, il comprend que cette dernière a déménagé au Venezuela.

Des retrouvailles dix ans plus tard

Après avoir retrouvé son adresse, il adresse une carte postale à sa fille alors âgée de 17 ans. Celle-ci reprend contact avec lui et lui indique vouloir revenir en France. Après dix ans, l'heure des retrouvailles sonne donc en 2013. Christine obtient ses papiers, passe son bac, son permis, une licence, devient professeure des écoles et voyage énormément.

"Ce n'est pas parce que j'ai couru après elle toutes ces années que je veux qu'elle reste près de moi pour toujours", lance Xavier Couderc. "Je ne pourrais pas lui décrocher la lune, mais je serai toujours là pour l'aider."

Un mandat d'arrêt est finalement délivré, juste après les retrouvailles du père et de sa fille. L'ex-compagne de Xavier Couderc est alors emprisonnée pendant neuf mois au Venezuela.

"La justice a fermé les yeux"

Pourtant, malgré les retrouvailles, Xavier Couderc ne s'est pas départi du sentiment d'avoir été oublié du système judiciaire. Il engage alors une plainte pour faute lourde contre l'État. "La justice a fermé les yeux", déplore aujourd'hui celui qui n'a jamais pris de vacances en dix ans, afin de retrouver sa fille.

"On espère que seront condamnés à la fois le comportement du procureur, mais aussi l'inaction de toute une institution", conclut son avocate, qui précise que si son client a obtenu gain de cause concernant le préjudice moral qu'il a subi, la justice n'a pas encore reconnu le défaut de traitement de certaines de ses plaintes.

En France en 2020, seuls 17% des actions engagées contre l'État pour faute lourde ou simple ont donné lieu à une condamnation.

Article original publié sur BFMTV.com

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