La justice à la carte du président Bouterse

PHOTO RANU ABHELAKH / REUTERS

“Le gouvernement [de Desi Bouterse] a ordonné l’ajournement du procès sur les ‘meurtres de décembre’”, rapporte le Times of Surinam. Le président Bouterse évite ainsi de comparaître devant le juge : dans ce procès qui doit juger les coupables de l’assassinat de 15 opposants au régime militaire de Bouterse les 8 et 9 décembre 1982, il devrait lui-même être sur le banc des accusés.

Pour bloquer la reprise du procès, le président a usé de l’article 148 de la Constitution, qui lui permet de donner des ordres au procureur général si c’est “dans l’intérêt de la sécurité de l’Etat, explique le journal. Il n’a cependant pas précisé en quoi consistait exactement le danger pour la sécurité de l’Etat.”

“Une ruse de Bouterse”

Les autorités néerlandaises suivent de près les actualités au Surinam, pays de 500 000 habitants indépendant des Pays-Bas depuis 1975. “Les Pays-Bas s’inquiètent des événements”, note De Volkskrant. Le ministère des Affaires Etrangères a rappelé “l’urgente importance de l’obligation du Surinam à enquêter sur les violations des droits humains et à juger les coupables”.

“Les Surinamiens sont stupéfaits face à cette ruse de Bouterse”, selon Het Reformatorisch Dagblad. Le journal néerlandais cite le président qui s’est ainsi justifié : “Il y a des forces en train de semer des troubles. Il ne faut pas laisser ces forces maîtriser la situation.” Inutile de le préciser, cette affirmation “n’a pas du tout convaincu les Surinamiens”, note le journal.

“Une atteinte à l’Etat de droit”

“C’est une façon de s’auto-amnistier”, a dit Henri Behr, le frère du journaliste Bram Behr, l’un des opposants assassinés.

Les proches des victimes et les opposants de Bouterse estiment qu’il essaie juste de sauver sa peau. Ils sont déçus mais ne baissent pas les bras.”

Cité par De Volkskrant, le porte-parole de l’Ordre des avocats, Harish Monorath, a dit que la décision de Bouterse était “une atteinte à l’Etat de droit”.

“C’est la seconde fois en quatre ans que Bouterse tente d’empêcher le procès contre lui” dans cette affaire, rappelle De Volkskrant. En 2012, M. Bouterse avait en effet fait amender par le Parlement la loi sur l’amnistie pour que les coupables des crimes ne puissent être poursuivis. Par conséquent, la procédure était déjà ajournée. Mais, le 9 juin, le tribunal militaire avait ordonné la reprise du procès, en estimant que la nouvelle loi sur l’amnistie était illégitime.

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