Juncker et Hollande promettent aux syndicats européens plus d'Europe sociale

Elahe MEREL

Créer un socle de droits communs pour les travailleurs européens, instituer un "Eurogroupe social", relancer un dialogue en panne: Jean-Claude Juncker et François Hollande ont rivalisé d'idées mardi pour promettre une Europe plus sociale aux syndicats du continent, réunis en congrès à Paris.

Quelque 509 délégués de 90 pays, dont les 28 de l'Union européenne, sont réunis jusqu'à vendredi à la Mutualité à Paris pour le 13e congrès de la Confédération européenne des syndicats (CES).

"Bienvenue aux réfugiés!", a lancé, en ouverture, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, rappelant que la solidarité était une "ardente obligation de l'Europe" qui connaît sa plus grave crise migratoire depuis la Seconde guerre mondiale (500.000 migrants arrivés entre janvier et août).

"L'état de notre union européenne n'est pas bon, les fissures de solidarité se multiplient", a estimé M. Juncker, s'inquiétant d'une "dangereuse renaissance de sentiments nationaux".

De son côté, le président français François Hollande a fustigé l'attitude des pays de l'ex-Europe de l'Est qui ont renâclé à accueillir des réfugiés fuyant la guerre.

Il a rappelé à leur souvenir la solidarité qu'avait manifestée l'Europe à leur égard après la chute du Mur de Berlin.

"Et si, ce qui nous menaçait le plus, c'était le souverainisme et l'extrémisme, est-ce que qu'il ne serait pas temps aussi de modifier nos règles pour atteindre l'objectif, garder l'esprit européen?", a lancé M. Hollande, sous les applaudissements.

Rappelant le "désastre" du chômage, il a stigmatisé des gouvernements européens - sans les citer - qui face à la crise veulent que les règles sociales "soient revues à la baisse et même abolies".

Pour le chef de l'Etat français comme pour le président de la Commission, la solution passe au contraire par le renforcement des acquis sociaux.

M. Juncker a réitéré sa promesse d'instaurer au printemps 2016 "un socle de droits sociaux minimum" qui ferait "cordon sanitaire" pour protéger les travailleurs: "à même travail, les mêmes salaires et les mêmes droits", a résumé le numéro un de la Commission.

Le président français a, lui, souhaité un "plan européen de formation professionnelle" pour les chômeurs de longue durée.

- Un 'Eurogroupe social' -

Pour réussir ces avancées, les deux dirigeants ont insisté sur la nécessité "absolue" de relancer le dialogue social en Europe. Aux yeux de M. Hollande, ce dialogue, initié par Jacques Delors dans les années 1980, s'est "épuisé" ces dernières années.

La CES, ont-il estimé, doit être un "acteur majeur" de ce dialogue.

Dans une proposition inédite, Hollande a plaidé pour la création "dans un délai proche" d'un "Eurogroupe social" réunissant les ministres des Affaires sociales de la zone euro, à l'instar de l'Eurogroupe économique et monétaire.

Il a également jugé nécessaire "une convergence" des politiques sociales au sein de l'UE en matière de droits sociaux, de salaires et de protection sociale".

Répondant aux craintes des syndicats sur la déréglementation du travail, M. Juncker a défendu le contrat à durée indéterminée (CDI) comme devant être "la norme".

Ces propositions ont été saluées par la secrétaire générale sortante de la CES, Bernadette Ségol. "Nous attendions ces engagements avec impatience; il ne faut pas seulement des promesses, il faut maintenant les mettre en place", a-t-elle dit devant la presse.

Pour le président du Parlement européen, Martin Schulz, si l'UE est jugée "néolibérale, la porte ouverte aux dérégulateurs, c'est parce que par le passé, nous les syndicats, la gauche, avons sous-estimé trop longtemps l'importance de l'Europe". "Mais les choses doivent changer", a-t-il dit.

La maire de Paris, Anne Hidalgo a rappelé que, "face à la tentation d'une Europe étriquée, peureuse, l'Europe sociale constitue le coeur du projet européen".

A l'issue de ses travaux, la CES doit élire vendredi son nouveau secrétaire général, l'Italien Luca Visentini, 46 ans, seul candidat en lice.