La juge conservatrice Amy Coney Barrett confirmée à la Cour suprême des États-Unis

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Au terme d'un processus houleux, les sénateurs américains ont confirmé, lundi soir, la nomination de la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême. C'est une victoire pour le président Trump, qui aura placé trois magistrats au sein de cette institution lors de son mandat. Le patron des démocrates au Sénat a déploré "l'un des jours les plus sombres de l'histoire américaine".

À huit jours de l'élection présidentielle américaine, Donald Trump a enregistré, lundi 26 octobre, une immense victoire avec la confirmation de la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême. Cette institution, la plus prestigieuse des États-Unis, est désormais ancrée durablement et solidement à droite.

Malgré l'opposition des démocrates face à un processus jugé "illégitime" si près du scrutin présidentiel, les élus républicains, majoritaires à la Chambre haute, ont tous, à une seule exception, voté pour la candidate choisie par le président.

"C'est un jour historique pour l'Amérique", a jubilé Donald Trump, lors de la prestation de serment de la magistrate, organisée dans la foulée à la Maison Blanche. Le président-candidat, tout sourire, a loué "les qualités impeccables", "la générosité dans la foi" et "le caractère en or" de cette fervente catholique de 48 ans, mère de sept enfants et opposée à l'avortement.

À la place de Ruth Bader Ginsburg

Elle a pour sa part promis de tenir ses convictions personnelles à l'écart de son travail de juge. Le contraire "serait un manquement au devoir", a-t-elle estimé. La magistrate rejoindra dès mardi le temple du droit américain, où elle prendra le siège laissé vacant par le décès de l'icône progressiste et féministe Ruth Bader Ginsburg le 18 septembre.

La Cour suprême, arbitre des grands sujets de société aux États-Unis, comptera ainsi six juges conservateurs sur neuf, dont trois nommés par Donald Trump.

Ce succès indéniable est propre à galvaniser les électeurs de la droite religieuse, qui sont reconnaissants à l'ancien magnat de l'immobilier d'avoir nommé, au cours de son mandat, plus de 200 juges fidèles à leurs valeurs dans l'ensemble du système judiciaire fédéral. Quel que soit le résultat de l'élection du 3 novembre, ce bilan sera durable, car ces postes sont "à vie" et Donald Trump a choisi des magistrats globalement jeunes.

Un jour "historique"

Prenant la parole une dernière fois avant le vote, le sénateur républicain Lindsey Graham a salué un jour "historique" et loué une "universitaire impressionnante". Amy Coney Barrett est "brillante, qualifiée", applique le droit et ne se mêle pas de politique, a renchéri le chef de la majorité républicaine Mitch McConnell, qui a imposé un calendrier extrêmement serré au processus de confirmation.

Son homologue démocrate Chuck Schumer a dénoncé leur "hypocrisie". Pour lui, la juge Barrett n'a pas été choisie pour ses qualifications mais parce qu'elle "a des opinions de droite radicale", notamment sur l'avortement, les droits civiques ou l'environnement. Avec emphase, il a fait part de sa "tristesse" face à ce qui est pour lui "l'un des jours les plus sombres de l'histoire américaine".

Quelques secondes après le vote, la benjamine démocrate au Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez, a tweeté son soutien à une idée qui circule de plus en plus à gauche : augmenter le nombre de magistrats à la Cour suprême pour contrebalancer l'influence des juges nommés par Donald Trump. "Toutes les options doivent être sur la table", a renchéri la sénatrice Elizabeth Warren, elle aussi une figure de l'aile gauche du parti démocrate.

Obamacare au menu

"Pas fan" de ce scénario peu populaire, le rival de Donald Trump Joe Biden ne l'a toutefois pas totalement écarté. S'il est élu, il chargera une commission de trancher.

Faute de leviers pour faire barrage à cette nomination, les démocrates ont tenté de transformer les débats, retransmis en partie sur les chaînes de télévision, en une tribune sur l'avenir de l'assurance santé Obamacare, que Donald Trump veut abroger. La Haute Cour doit en effet examiner le 10 novembre un recours contre cette loi emblématique de l'ex-président démocrate, sur laquelle la juge a exprimé des réserves dans le passé.

Avec AFP