Juan Guaido à la recherche d’un nouveau souffle un an après son autoproclamation

Le 23 janvier 2019, Juan Guaido, le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne s’autoproclamait président par intérim du Venezuela. Un an après, la situation au Venezuela reste toujours aussi compliquée avec une crise économique sans précédent, une crise politique interminable et une crise humanitaire qui fait craindre le pire. Juan Guaido est actuellement en tournée internationale, celle de la dernière chance.

Cette tournée internationale est l’occasion pour Juan Guaido de tenter de remobiliser la communauté internationale, car la situation au Venezuela semble paralysée. L’opposition est divisée, alors qu’elle faisait bloc il y a un an. Juan Guaido ne bénéficie plus que de 39% de soutien au sein de la population alors qu’il flirtait avec les 70% il y a tout juste un an. Ses appels à la mobilisation ne sont plus suivis comme c’était le cas durant les premiers mois de cette aventure. Et l’armée, si stratégique dans ce pays pour envisager un changement de pouvoir, n’entend pas non plus ses appels. Sans cette armée, sans ce soutien, le changement semble impossible, comme l’avoue régulièrement Juan Guaido.

Un soutien national affaibli

Selon la stratégie du président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido a été réélu le 5 janvier dernier, mais dans des conditions très particulières puisqu’un autre président de l’Assemblée a été élu avec le soutien de députés du parti au pouvoir, le PSUV. C'est en tentant d’obtenir plus de soutien, plus d’engagement de la part de la communauté internationale qu’il pourra obtenir la reconnaissance des Vénézuéliens et son soutien. Une manière de dire qu’il est l’homme de la situation.

Mais à trop s’éloigner, il risque de se faire doubler. Parce que le régime de Nicolas Maduro compte bien organiser des élections législatives cette année et il négocie depuis maintenant plusieurs mois avec des partis minoritaires de l’opposition une refonte du Conseil national électoral (CNE). Des négociations auxquelles ne participent pas les formations politiques qui soutiennent Juan Guaido. Et les leaders les plus connus de l’opposition sont aujourd’hui pour la plupart soit condamnés, soit poursuivis par la justice, soit déclarés non éligibles. Donc, si d’aventure ces élections se tiennent, comme l’affirme Nicolas Maduro, l’opposition qui se bat depuis des mois risque bien d’en être écartée.

La lassitude de la communauté internationale

L’opposition vénézuélienne dit se battre pour améliorer le quotidien des Vénézuéliens, mais dans les faits le quotidien reste toujours aussi compliqué. Et cette opposition qui dit aussi se battre contre la corruption est aujourd’hui accusée des mêmes pratiques. De nombreuses affaires sont sorties dans la presse, même si les faits ne sont pas comparables aux pratiques du régime de Nicolas Maduro.

Le gros problème actuellement pour Juan Guaido et les opposants qui le soutiennent c’est que la communauté internationale commence à se lasser de cette situation qui n’évolue pas. Les États-Unis semblent d’ailleurs aussi victimes de cette lassitude, alors qu’il y a quelques mois ils n’hésitaient pas à déclarer que « toutes les options étaient sur la table, y compris une intervention », sous-entendu une intervention militaire. Qui plus est : la communauté internationale continue d’avoir des liens avec les autorités vénézuéliennes ne serait-ce que pour assurer les affaires courantes. Il y a donc urgence à remobiliser cette même communauté internationale. Cette tournée internationale de Juan Guaido s’inscrit justement dans cette logique. Car sans reconnaissance à l’étranger, sans soutien, l’aventure de Juan Guaido s’achèvera aussi rapidement qu’elle avait débuté.

Des entretiens, mais rien de concret

Juan Guaido a rencontré le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, à Bogota lundi dernier, puis Boris Johnson le Premier ministre britannique, mardi 21 janvier à Londres. Ce mercredi il était à Bruxelles avec Josep Borrell, le nouveau Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité. Ce jeudi 23 janvier, il est Davos, avant un déplacement de deux jours prévu en Espagne. Des entretiens qui n’ont pas donné lieu à de grandes annonces.

Après une année 2019 qui était celle de l’apprentissage, 2020 doit être l’année de l’action comme l’expliquait le communiqué diffusé en début de semaine par les services de communication de l’Assemblée nationale vénézuélienne. Mais dans les faits, Juan Guaido réclame toujours plus de sanctions contre les responsables du régime coupables de corruption, de violation des droits de l’homme, mais ne propose toujours pas de solution viable pour sortir de cette crise. Et il semble difficile d’envisager de nouveaux efforts, en dehors des sanctions, de la part des pays qui ont reconnu Juan Guaido.

Enfin, une donnée non négligeable est également à prendre en compte : le contexte a évolué depuis l’année dernière. Donald Trump est en campagne pour sa réélection et le Venezuela ne semble plus faire partie de ses priorités. Et il y a également un nouveau Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, et lui n’est pas très favorable aux sanctions, car selon lui les Vénézuéliens en pâtissent également. Enfin, les pays de la région qui le soutenaient sont pour beaucoup plongés également dans des crises sociales et politiques. La situation s'avère donc compliquée pour Juan Guaido. Cette tournée pourrait bien être celle de la dernière chance.