Les journalistes afghans victimes d'une campagne d'assassinats ciblés

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Besmullah Adel Aimaq, un journaliste radio afghan, a été tué par balles, vendredi 1er janvier, à Ghor, dans le centre de l’Afghanistan. Il s'agit du cinquième journaliste ou employé de médias assassiné en deux mois dans le pays, où les violences ciblées ont augmenté malgré les pourparlers en cours entre le gouvernement de Kaboul et les Taliban.

Cinq journalistes assassinés en deux mois. Besmullah Adel Aimaq, rédacteur en chef de la radio afghane Voice of Ghor, a été tué par balles dans une embuscade, vendredi 1er janvier, dans la province de Ghor (centre-ouest de l'Afghanistan).

Abattu alors qu'il se trouvait au volant de sa voiture, il est le cinquième journaliste ou employé de médias assassiné en deux mois dans le pays, où des activistes, des hommes politiques et des employés du gouvernement sont également ciblés.

L’assassinat, qui n'a pas encore été revendiqué, a été confirmé par le Comité pour la protection des journalistes afghans (AJSC), qui est à l'origine d'une campagne en ligne en faveur de la protection des journalistes, au moyen du hashtag #DoNotTargetJournalists.

Marié et âgé d'un peu moins d'une trentaine d'années, Besmullah Adel Aimaq se savait menacé. Ces derniers mois, il avait échappé à deux tentatives d'assassinat, l'une en novembre, lorsque des assaillants non identifiés avaient tiré et jeté une grenade sur sa maison, et l’autre un mois plus tôt, lorsque son véhicule avait été la cible de tirs à Firoz Koh.

"Le Comité pour la protection des journalistes afghans met en cause l’indifférence des autorités locales, indique Sonia Ghezali, correspondante de France 24 en Afghanistan. Celles-ci avaient été alertées du danger qu’encourait Besmullah Adel Aimaq, mais elles n'ont rien mis en place pour le protéger".

Série noire

Le 12 décembre, un autre journaliste, Rahmatullah Nekzad, avait été tué à son domicile dans la ville de Ghazni (sud-est), exécuté à l'aide d'une arme de poing équipée d'un silencieux.

“Il est urgent que les autorités afghanes agissent et que les Nations unies prennent des mesures concrètes pour endiguer les violences croissantes à l’égard des journalistes et les protéger, avait réagi Reporters sans frontières (RSF). Il ne faut pas que le silence des institutions internationales condamne les médias et les journalistes afghans à l’impuissance.”

Deux combattants talibans, libérés peu auparavant dans le cadre d'une large amnistie, ont depuis lors été arrêtés et sont soupçonnés du meurtre de Rahmatullah Nekzad, ont annoncé, jeudi, les services de renseignements (NDS).

Après leur libération, les deux suspects avaient rejoint à Ghazni les rangs d'un "groupe terroriste", responsable de plusieurs assassinats, selon le NDS. Ils ont avoué le meurtre de Rahmatullah Nekzad, de même que celui d'un juge et de deux fonctionnaires locaux. Les Taliban ont démenti toute implication dans le meurtre du journaliste.

Début décembre c'est une présentatrice de télévision et activiste, Malalai Maiwand, qui avait été tuée par balles avec son chauffeur à Jalalabad (est). L’organisation État islamique, implanté dans l’est du pays, avait revendiqué cette attaque.

Recrudescence des violences en dépit des pourparlers de paix

Si la majorité des assassinats sont rarement revendiqués, les regards se tournent souvent vers les Taliban, qui nient toute implication.

Elyas Dayee, un journaliste à Azadi Radio, a été tué le 11 novembre par un engin explosif improvisé qui avait été placé sous sa voiture dans la province de Helmand. Peu de temps avant son assassinat, il avait confié à Human Rights Watch qu'il avait reçu de nombreuses menaces de mort liées à ses reportages sur les opérations militaires des Taliban.

Cette campagne d’assassinats intervient au moment où plusieurs provinces d'Afghanistan sont en proie à une recrudescence des violences en dépit des pourparlers de paix en cours entre les Taliban et le gouvernement. Entre janvier et septembre, plus de 2 100 civils ont été tués et plus de 3 800 blessés, selon la mission de l'ONU en Afghanistan.

Des pourparlers de paix sont en cours depuis septembre à Doha entre les deux camps. Ces négociations ont été suspendues jusqu'au 5 janvier. Les deux parties doivent encore s'accorder sur l'agenda des discussions.

Avec AFP