Journée mondiale de la visibilité intersexe : c'est quoi l'intersexuation ?

Laetitia Reboulleau
·4 min de lecture
Portrait Of Young Adult Woman With Shaved Head
© Getty Images

Depuis désormais 24 ans, le 26 octobre est la journée mondiale de la visibilité intersexe. L'intersexuation est un terme biologique et une chose aussi répandue que le fait d'être roux ou rousse, selon les experts. Et pourtant, il s'agit d'une réalité très peu connue du grand public. En quoi concerne l'intersexuation au juste ?

Dans le spectre des genres, de plus en plus de personnes encouragent le grand public à ne plus réfléchir uniquement en terme de masculin et de féminin. Et surtout, ces personnes rappellent que les organes génitaux d'un nouveau-né ne devraient pas déterminer s'il s'agit d'une fille ou d'un garçon, cet argument étant trop souvent utilisé comme base à la transphobie et aux discriminations envers celleux qui se considèrent comme non-binaires.

Mais il existe également des gens qui sont nés avec des caractères sexuels qui ne correspondent pas aux définitions binaires types des corps masculins ou féminins. Ces derniers et dernières sont qualifiés "d'intersexes", une notion reconnue par l'Organisation des nations unies.

Une définition parfois difficile à appréhender

Être intersexe, contrairement à ce que certains ont tendance à croire, ce n'est pas naître avec des caractéristiques des deux sexes. Cela n'a rien à voir avec l'hermaphrodisme, phénomène biologique dans lequel l'individu est morphologiquement mâle et femelle, soit simultanément soit alternativement. L'intersexuation, anciennement appelée intersexualité, est un terme biologique qui décrit, selon l'ONU, les personnes "nées avec des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux définitions typiques de mâle et de femelle".

Le terme est générique, et il couvre un large éventail de variations qui peuvent se retrouver au niveau anatomique, chromosomique, gonadique ou hormonal. Ainsi, l'intersexuation peut se manifester à différents niveaux, que ce soit dans l'apparence des organes génitaux, la distribution des graisses ou de la masse musculaire, la pilosité ou le développement mammaire. Certaines de ces manifestations sont visibles physiquement, d'autres non. D'ailleurs, l'intersexuation n'est pas toujours visible à la naissance, et serait même plus répandue qu’on ne le croit. Des experts affirment qu'elle est aussi courante que le gêne roux.

Par ailleurs, le Collectif Intersexes et Allié.e.s-OII France tient à le rappeler : "Il est très important de ne pas confondre ces définitions avec des identités de genre. Ce qui caractérise d’abord et avant tout les personnes intersex(ué)es, c’est l’expérience d’invalidation sur la base du corps sexué. Les identités de genre que nous avons sont plurielles. Les personnes intersexes peuvent s’identifier comme femmes, comme hommes, ou comme non-binaires; elles peuvent être cisgenres ou transgenres. Nos orientations sexuelles sont tout aussi variées que chez les personnes dyadiques (non-intersexes, ndlr).

Une journée pour mettre en avant des revendications

Si la journée mondiale de la visibilité intersexe a été mise en place en 1996, c'est pour faire connaître cette réalité biologique au grand public, mais pas seulement. L'objectif est également de mettre un terme aux violences et aux pratiques médicales préjudiciables dont souffrent les enfants et les adultes intersexes, au nom de la différence entre le masculin et le féminin. Dans de nombreux pays et parfois dès leur naissance, les personnes intersexes subissent des chirurgies, des traitements hormonaux et des procédures chirurgicales pour que leur apparence physique soit conforme aux attentes de la société, et qu'ils et elles ressemblent soit à des hommes, soit à des femmes.

Le plus souvent, ces procédures sont effectuées sans le consentement des concerné·e·s, décidées par leurs parents en accord avec les médecins, puisqu'elles sont pratiquées dès l'enfance. Or, ces traitements sont souvent réalisés sans nécessité médicale, et en cela, elles constituent des violations des droits humains fondamentaux. Pour le Collectif Intersexes et Allié.e.s-OII France : "Mutiler et hormoner des corps sains crée d’autres problèmes de santé. Par ailleurs ce principe “préventif” maintient un mensonge sur la réalité de nos existences, ce qui fait qu’on ne laisse pas l’occasion à la société de s’y accoutumer et de nous accepter. Simultanément, ces opérations et traitements s’attaquent à notre droit à disposer de nos corps, nous renvoient une image de monstres, d’anomalies et de malformations, ce qui a un impact lourd sur notre confiance et estime en nous-mêmes et sur notre relation aux autres."

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