Le son du jour #283 : végétal comme Onyx Collective

Libération.fr

Mené par le saxophoniste Isaiah Barr, ce collectif basé à New York est emblématique de l'underground jazz tel qu'il tonne en 2018, loin des niches, près de la hype, le plus vivant possible.

C’est un disque sorti sur Big Dada, sous-label de l’institution électronique londonienne Ninjatune anciennement dévoué au rap, qu’on a d’abord été tenté de catégoriser «free jazz gentrifié». Quelques raisons à ça : le collectif, nébuleux dans le principe mais présentement cristallisé en trio, a été formé en 2014 à New York, avant-poste de la gentrification mondiale, et s’est fixé pour contrainte poétique de citer des lieux de Downtown Manhattan dans les titres de la plupart de ses improvisations ; son premier album, 2nd Avenue Rundown (2016), était sponsorisé par la marque de vêtements Supreme ; surtout ses membres, ensemble ou séparément, accompagnent ou ont accompagné des people de la pop, du rap ou de la soul aussi variés que David Byrne, Ratking, Princess Nokia, Nick Hakim, Devonté Hynes ou Amber Mark.

Le malentendu vient sans doute du qualificatif «free», qui nous ramène à une époque, les années 60, où le jazz avait mille révolutions à faire, politique, esthétique et anti-autoritaire. Or au cœur des années 2010, le genre en est à un point tout autre. Il se trouve empêtré plus profondément qu’aucun autre dans un devenir muséal qui le menace de pétrification, et avec mille autres manières d’ébranler ses fondations derrière la tête – par exemple reconnecter avec les clubs, les avant-gardes électroniques, les musiques populaires. Avant d’aborder cette Lower East Suite troisième du nom, requalifions donc la musique rêvée par le saxophoniste Isaiah Barr pour son groupe : elle est moins du jazz aux prises avec l’histoire, les traditions et les contradictions que du lierre en expansion, qui s’accrocherait à un vieux mur croulant pour aller voir ce qui se passe derrière, loin de la niche, jusqu’à l’horizon.

Ceci explique qu’à l’instar des stars crossover Kamasi Washington ou (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

Alex Zhang Hungtai, saxo & drugs
Avec SZA, tout est sous «Ctrl»
Salsa : Colón et Blades, à chacun sa sauce
Matty, Thylacine, The Micronauts, Baba Stiltz... La playlist du cahier musique de «Libé»
Richard Dumas «Ma mère avait fait insonoriser ma chambre»