Jordan Bardella, le premier derrière Marine Le Pen

Elu samedi à la tête du Rassemblement national, Jordan Bardella, 27 ans, s'affiche comme le premier supporter de Marine Le Pen, une filiation qui consacre autant qu'elle paralyse, pour l'heure, des ambitions réputées immenses.

Avec 85% des suffrages recueillis parmi quelque 26.000 votants, celui qui se présente comme issu d'un milieu populaire en ayant passé sa jeunesse en Seine-Saint-Denis savoure son sacre, énième marche d'un escalier monté quatre à quatre depuis qu'il a pris sa carte au Front national il y a une douzaine d'années.

Costume impeccable et sourire éclatant, le jeune colleur d'affiches est vite repéré par l'appareil frontiste autant soucieux de dédiabolisation que de professionnalisation au tournant des années 2010.

La discipline du jeune homme, des facilités d'apprentissage ainsi que son entregent le propulsent sous le chaperonnage de Florian Philippot, à l'époque N.2 du parti, auprès de qui il consent au virage social et souverainiste en vogue au FN.

Bien davantage que ses convictions, c'est la plasticité de ce vingtenaire qui va assurer son succès.

Jordan Bardella se montre ainsi tout aussi à l'aise lorsqu'il fraie avec le très droitier Frédéric Châtillon, ex-patron de l'officine depuis dissoute du GUD et ami de longue date de Marine Le Pen.

Frédéric Châtillon disgracié, Jordan Bardella sent le vent tourner et devient assistant parlementaire du discret mais incontournable Jean-François Jalkh, avant de trouver un nouveau mentor, Philippe Olivier, beau-frère et principal conseiller de Marine Le Pen. En entamant une relation avec Nolwenn Olivier, fille de Philippe Olivier et Marie-Caroline Le Pen, Jordan Bardella entre ainsi  dans le clan.

L'histoire s'accélère pour le bon élève en 2019 lorsqu'il prend la tête de la liste RN aux Européennes, à seulement 24 ans. Les  grincements de dents face à cette ascension éclair s'estompent au soir du scrutin lorsque la liste arrive en tête.

Devenu populaire auprès de la base militante, Jordan Bardella se révèle surtout sur les plateaux de télévision où son aisance et son habileté mettent parfois en difficulté des contradicteurs chevronnés.

Il s'attire toutefois des inimitiés lorsqu'il est désigné président par intérim du parti en 2021 par Marine Le Pen, au grand dam de Louis Aliot.

- "Compromis nationaliste" -

Au-delà des ambitions, sa ligne politique interroge: que pense vraiment celui que ses détracteurs traitent de "Frankestein" ou "cyborg", "créature" modelée de toutes pièces du clan Le Pen?

"Ni droite, ni gauche", comme le clame la patronne du RN? Ses amitiés sont pourtant nombreuses dans la mouvance "identitaire", cette frange droitière essentialiste et ethniciste. Jordan Bardella a d'ailleurs fourni les armes à ses contempteurs lorsqu'il a repris à son compte la théorie complotiste du "grand remplacement", une ligne rouge à laquelle Marine Le Pen s'était toujours refusée.

Le mois dernier, Louis Aliot avait fustigé "les excès pratiqués par le Front national d'un autre temps", sans citer nommément son concurrent. Samedi, Steeve Briois, lui, ne s'est pas embarrassé de précautions en fustigeant un "rabougrissement" du parti, selon lui "en train de céder au grand +compromis nationaliste+" ou "l'union des droites radicales" avec le vingtenaire à sa tête.

Aussi acerbe soit-elle, la critique porte pour l'instant peu au RN, où Jordan Bardella cultive une image de loyauté envers Marine Le Pen, dont il jure épouser la ligne politique.

Il s'est par ailleurs attiré le soutien quasi-unanime des 89 députés à l'Assemblée, qui ont multiplié les comités d'accueil dans leurs circonscriptions lors de la campagne interne.

Mais son élection à la tête du parti dissimule mal un invariant: c'est Marine Le Pen qui conserve plus que jamais le pouvoir sur l'extrême droite française, déjà désignée candidate à la présidentielle de 2027.

Quelle place pour le dauphin désormais condamné au coup d'éclat ou à demeurer encore de longues années dans l'ombre de Le Pen ? Quitte à prendre le risque de réaliser la vieille prophétie de Jean-Marie Le Pen, maintes fois vérifiée dans le parti: "le destin de dauphin est parfois de s'échouer".

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