Comment ils jonglent entre plusieurs cultures

PHOTO KOSMOLAUT/FLICKR/CC

J’ai lu Les Enfants de minuit, de Salman Rushdie, quand j’étais adolescente. A la première page, il y a une expression qui m’est restée : Saleem, le narrateur, déclare avoir été “menotté à l’Histoire”. Cette vérité est revenue au premier plan quand, franchi le cap de la trentaine, je me suis dirigée vers l’âge mûr.

J’avais fréquenté la même école de 5 à 17 ans. J’avais eu la même meilleure amie de l’école primaire jusqu’à la fin du lycée. J’avais vécu dans le même quartier de New Delhi pendant vingt ans. J’avais mangé de la cuisine indienne presque tous les jours de ma vie jusqu’à l’âge de 20 ans. Et je connaissais tous mes voisins.

Une identité formée par des rituels culturels

J’avais en outre grandi avec une pléthore de lieux repères qui permettaient de mesurer le passage de l’enfance et de l’adolescence : les jardins Lodhi, la tombe de Humayun, Connaught Place, Bengali Market, Khan Market – ces endroits m’appartenaient. Bien sûr, c’était une copropriété que je partageais avec mes amis et bien d’autres personnes que je ne connaissais pas mais qui n’en faisaient pas moins partie de ma tribu. J’avais une tribu.

Malgré tous les choix que j’ai faits par la suite – manger du houmous et apprendre le chinois –, mon identité était centrée. Elle avait été formée par l’environnement dans lequel j’avais grandi et ne devait pas grand-chose à la volonté.”

Mon identité avait été déterminée par la répétition de rituels culturels et de diktats parentaux : des années à allumer les diya [lampes] pour diwali [la fête des lumières], à chanter l’hymne national le matin à l’école, à regarder Chitrahaar [une émission de chansons de Bollywood] le mercredi soir, à apprendre à danser le Bharata Natyam deux fois par semaine, à déguster un poulet à la mandchoue dans les grandes occasions. J’avais beau parcourir le monde, j’avais un noyau et ce noyau ancrait mon identité.

Une catégorie spéciale qui n’a pas de nom

Mais comment est-ce quand on n’a pas ce noyau, cette ancre ? Quand le choix devient un fardeau existentiel trop lourd à porter ? Bref, qu’en est-il pour mes enfants ? Quand Ishaan, mon fils aîné, a eu 6 ans et Nico, près de 4, ils avaient déjà fréquenté trois écoles – dans un environnement linguistique qui allait du français à l’anglais en passant par le chinois. Ils n’avaient pas de rapports réguliers avec la famille élargie. Ils ne connaissaient pas leurs voisins. Ils n’avaient pas absorbé l’arôme de la cardamome et des graines de moutarde en train de frire dans l’huile chaude par la cuisine de leur mère : je ne faisais pas la cuisine. Ils n’étaient absolument pas définis par un lieu ou un pays.

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