Jonathann Daval : chronologie d'une affaire pleine de rebondissements

Maxime Poul
·7 min de lecture
Jonathann Daval a reconnu avoir tué sa femme en janvier 2018, soit plus de trois mois après les faits.
Jonathann Daval a reconnu avoir tué sa femme en janvier 2018, soit plus de trois mois après les faits.

Ce lundi 16 novembre, le procès de Jonathann Daval, tueur présumé de sa femme Alexia Daval, s’ouvre devant la cour d’assises à Vesoul en plein confinement. Retour sur une affaire médiatisée qui a secoué toute la France.

Un peu plus de trois ans après les faits, le procès de Jonathann Daval s’ouvre devant la cour d’assises de la Haute-Saône à Vesoul. Cet informaticien de 36 ans est accusé d’avoir tué sa femme et encourt la réclusion à perpétuité. Un procès d’un ampleur inédite qui va durer 5 jours et durant lequel l’avocat de Jonathann Daval promet des vérités de la part de son client qui n’a jamais reconnu avoir eu l’intention de tuer son épouse de 29 ans. Retour sur la chronologie des faits.

Samedi 28 octobre 2017 aux alentours de midi, Jonathann Daval se rend à la gendarmerie de Gray (Haute-Saône) parce que sa femme n’est toujours pas rentrée de son jogging matinal débuté 3 heures plus tôt. Après de nombreuses heures de recherche, le corps partiellement calciné de la jeune femme employée de banque est retrouvé sous des branchages dans une forêt de Gray le 30 octobre. L’hypothèse d’une mauvaise rencontre est alors privilégiée.

Une marche blanche et des pleurs

Le 4 novembre, l’autopsie révèle qu’Alexia a été étranglée et le lendemain, une marche blanche rassemblant près de 10 000 personnes est organisée en la mémoire d’Alexia. Soutenu par les parents de la jeune femme lors de cette marche blanche, Jonathann Daval émeut toute la France par ses larmes et sa prise de parole avec des propos tels que “Alexia était ma première supportrice, mon oxygène”. Le 8 novembre, les obsèques de la jeune femme ont lieu devant plusieurs centaines de personnes.

Des aveux 3 mois après les faits

Ce n’est qu’au mois de janvier 2018 que l’enquête avance grâce au témoignage d’un voisin. Alors que Jonathann Daval avait déclaré aux enquêteurs que le 27 octobre au soir le couple était rentré d’une soirée raclette chez les parents d’Alexia à 23h30, un voisin affirme avoir vu et entendu le véhicule professionnel de Jonathann manœuvrer devant le domicile vers 1h30 du matin. Ayant jusqu’ici nié avoir utilisé sa voiture, Jonathann devient alors le principal suspect et est placé en garde à vue le 29 janvier. Le traceur GPS du véhicule confirme les dires du voisin. Le 30 janvier, après 30 heures de garde à vue, Jonathann Daval reconnait avoir étranglé son épouse par accident et est mis en examen pour “meurtre sur conjoint”.

Lors de ses aveux en garde à vue, l’informaticien raconte qu’une sérieuse dispute a éclaté en rentrant de cette soirée et explique avoir perdu le contrôle et étranglé sa compagne. Il rentre alors son véhicule de fonction dans son garage pour mettre le corps de sa femme dans le coffre et le recouvre d’un drap. Le lendemain matin, il prend son véhicule vers 8 heures du matin et dépose le corps d’Alexia dans la forêt, là où le corps finit par être retrouvé deux jours plus tard. Il nie cependant formellement avoir brûlé son corps.

Jonathann accuse son beau-frère

Quelques mois plus tard, le 27 juin, Jonathann Daval revient sur ses aveux et se dit de nouveau innocent du meurtre de sa femme et évoque un “complot familial” en accusant l’époux de sa belle-sœur, Grégory Gay, d’avoir étranglé la jeune femme pour la calmer suite à une crise d’hystérie. Selon lui, la famille aurait alors décidé de ne rien dire. Des propos contestés quelques jours plus tard par son beau-frère.

Au mois de novembre 2018, des informations fuient dans la presse concernant les résultats de l’autopsie d’Alexia qui révèlent que la jeune femme prenait des médicaments, dont certaines interdits, depuis plusieurs mois. La presse indique quelques jours plus tard que la famille d’Alexia a demandé un complément d’information sur un possible empoisonnement, évoquant une “soumission chimique” dirigée par Jonathann. Pour eux, la prise de ces médicaments est incompatible avec la volonté d’Alexia d’avoir un enfant. La demande est rejetée par le procureur, qui estime que les causes du décès d’Alexia sont connues.

Il reconnaît des coups d’une extrême violence

Le 7 décembre, lors d’une confrontation avec la famille d’Alexia, Jonathann Daval craque devant la mère d’Alexia et lui avoue qu’il est bien le seul coupable du meurtre de sa fille. Lors d’une reconstitution du meurtre organisée le 17 juin 2019 en compagnie des parents d’Alexia, de Stéphanie et Grégory Gay et de Jonathann Daval, ce dernier reconnait avoir frappé le visage de sa femme contre un mur en béton, avant de lui asséner entre 5 et 10 coups de poing au visage puis de l’étrangler pendant environ 4 minutes de façon continue. Pour la première fois, iI reconnait également avoir brûlé le corps de son épouse.

La présence la mère et du père d’Alexia, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot, lors de cette reconstitution a une nouvelle fois été décisive dans les aveux de Jonathann, comme lors de la confrontation quelques mois plus tôt.

Lancement du procès

Le 16 novembre 2020, le premier jour du procès, Jonathann Daval a confirmé devant la cour qu’il était bel et bien le “seul impliqué” dans la mort de son épouse. Cette première journée a également été marquée par une hypothèse émise par le clan de la famille Fouillot. Des traces de sperme appartenant à l’informaticien de 36 ans ayant été retrouvées sur le short et la culotte ainsi que dans le vagin de la victime, la théorie d’une relation sexuelle post-mortem a été évoquée par Me Gilles-Jean Portejoie, l’avocat de la famille. Une hypothèse écartée par la défense qui a fait rappeler que l’autopsie n’avait révélé aucun signe de violence sexuelle.

Jonathann Daval victime d’humiliations ?

Tout au long de cette enquête, Jonathann Daval n’a cessé d’évoquer les humiliations dont il était victime de la part de sa femme qui lui reprochait de ne pas réussir à avoir d’enfants ainsi que ses problèmes d’impuissance. Les mois précédant le soir du drame, les relations étaient très tendues et les disputes étaient fréquentes dans le couple ont reconnu Isabelle et Jean-Pierre Fouillot. Selon Jonathann Daval, c’est d’ailleurs un rapport sexuel qu’il a refusé qui serait l’élément déclencheur de cette dispute fatale du 27 octobre.

“Elle a commencé à me faire des réflexions. Que je ne voulais jamais coucher avec elle, que je n’étais pas un homme et que cela ne servait à rien qu’elle prenne un traitement, que je ne voulais pas d’enfant avec elle”. C’est pourquoi l’informaticien aurait craqué et se serait donc mis à frapper mortellement son épouse. “Je voulais qu’elle se taise”, a-t-il déclaré aux enquêteurs, comme pour justifier son geste.

Verdict le 20 novembre

Si Jonathann Daval est jugé pour “homicide volontaire” et risque la réclusion à perpétuité, son avocat Me Randall Schwerdorffer pourrait plaider pour des “violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner”, passibles de 20 ans d’emprisonnement. Réponse ce vendredi 20 novembre.

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