Johnny, le dernier trait d'union entre la France d'en bas et la France d'en haut

Bigot, Guillaume
/ ALLOCINE

FIGAROVOX/ANALYSE - Le décès de Johnny Hallyday marque la fin d'une époque. Pour Guillaume Bigot, c'est une certaine idée de la France, se vivant comme une sous-Amérique, qui s'éteint avec lui.

Guillaume Bigot est essayiste et directeur général du groupe Ipag Business School Paris Nice.

Comme tout événement appelé à faire date, les obsèques de Johnny Halliday offrent un objet de réflexion intéressant pour qui cherche à saisir la singularité de l'époque et à interpréter un phénomène social. De quoi l'émoi national suscité par la disparition de ce chanteur est-il donc le nom?

Johnny fut l'homme d'une triple incarnation, dont on peut se demander si elle va lui survivre.

Johnny, c'était d'abord l'organe témoin d'un passé insouciant, juvénile et endiablé celui des années soixante et des Trente glorieuses.

La présence de ce grand gaillard peroxydé n'ayant rien cédé sa rock and roll attitude, en plein cœur de Trentes piteuses plombées par le chômage, la spéculation et les attentats avait quelque chose de rassurant. Johnny fut le paladin d'une génération qui ne voulait pas grandir et le chantre d'une culture de masse hédoniste centrée sur le «jouir sans entrave».

Le vide spirituel, la jouissance matérielle

Comme l'expliquent fort bien Hamon et Rotman dans leur somme consacrée à mai 68, lorsqu'une poignée d'agitateurs trotsko-maoistes, débarquèrent au Club Drouot, célèbre discothèque des Grands-Boulevards, ils comprirent vite qu'une révolution était en marche qui n'avait rien à voir avec celle qu'ils appelaient de leurs vœux.

Ces théoriciens romantiques venus annoncer le grand soir à une foule déchaînée de sténodactylos et de comptables se sont entendus répondre: salut les copains, c'est samedi soir!

La force vitale de Johnny incorporait aussi la grande kermesse de la consommation inépuisable donc le rictus d'un vide spirituel qui cherche dans la jouissance matérielle, les paradis (...) Lire la suite sur Figaro.fr

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