Les JO d’hiver de Pékin 2022 sont-ils menacés par la pandémie de coronavirus?

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Les Jeux olympiques de Tokyo 2020, reportés en 2021 pour cause de pandémie de coronavirus, ont fait couler beaucoup d’encre. Mais qu’en est-il des Jeux d’hiver des Pékin 2022, qui s’ouvriront six mois après la fin des Jeux d’été au Japon ?

« Actuellement, Pékin 2022 met en oeuvre des mesures strictes de prévention et de contrôle vis-à-vis du Covid-19, tout en allant de l'avant avec les préparatifs des Jeux de manière ordonnée », ont déclaré récemment à l'Agence France-Presse les organisateurs. « La construction de tous les sites de compétition devrait être terminée comme prévu d'ici à la fin de l'année 2020 », ont-ils ajouté.

La Chine en étroite collaboration avec le CIO et la famille olympique

Pourtant, en avril dernier, au moment où Tokyo reportait ses Jeux d'été, les organisateurs de Pékin 2022 reconnaissaient que cela les mettait dans « une situation spéciale ». « Nous allons faire une étude détaillée de l'impact de ces nouvelles dates pour les Jeux de Pékin 2022, expliquait un responsable du comité d'organisation des JO d'hiver 2022, cité par l'agence chinoise Xinhua. En attendant, nous sommes en communication étroite avec le CIO et la famille olympique pour gérer la situation et poursuivre la préparation des Jeux à tous les niveaux. »

En organisant les JO 2022, avec une absence totale de neige naturelle, Pékin deviendra la première ville dans l'histoire olympique à accueillir les Jeux d'été (2008) et d'hiver. Une situation exceptionnelle que la Chine, où l'épidémie de coronavirus a débuté fin décembre 2019, tient à mener jusqu’au bout pour faire part une nouvelle fois de sa puissance sur le plan mondial.

Et ce n’est pas une organisation de défense de la minorité ouïghoure, basé à Munich, qui a exhorté jeudi 30 juillet le CIO à reconsidérer la tenue des Jeux olympiques d'hiver de 2022 à Pékin en raison de ce qu'elle qualifie de « génocide » contre cette minorité musulmane par la Chine, qui va arrêter le pays organisateur dans son élan olympique. Le CIO « reste neutre sur tous les problèmes politiques mondiaux », a d’ailleurs rappelé un porte-parole de l'instance.

Les propos alarmistes de Dick Pound

Mi-juillet, ce sont plutôt des propos de Dick Pound, 78 ans, doyen et ancien vice-président du CIO, qui sont venus troubler le calme chinois. « Si la crise sanitaire perdure en juillet et août l’année prochaine à Tokyo, il est difficile d’imaginer qu’il n’y aura pas d’effet d’entraînement dans la même région cinq mois plus tard », a prévenu le Canadien, interrogé par l’agence de presse Reuters.

Un avertissement qui a certainement été pris au sérieux par les autorités chinoises de la part de l’ancien président de l’Agence mondiale antidopage. Selon Dick Pound, les relations diplomatiques houleuses entre la Chine et les États-Unis pourraient aussi mettre en danger l’événement. L’ancien nageur canadien, qui a participé aux Jeux olympiques de 1960, imagine même le pire scénario dans lequel Pékin interdirait l'entrée sur son territoire aux athlètes américains, si la pandémie de coronavirus n'est toujours pas contrôlée aux États-Unis. « C'est une supposition extrême. Il y a toutes sortes de choses folles qui pourraient arriver », a-t-il indiqué.

En mai dernier, Thomas Bach, président du CIO, avait fait état d'un autre son de cloche, indiquant que le coronavirus n’avait aucun effet sur les préparatifs des Jeux d’hiver de Pékin. « Les rapports en provenance de Pékin sont très bons, tant du côté des infrastructures que du côté opérationnel, a-t-il déclaré lors d’une vidéoconférence qui a suivi une réunion du comité exécutif. Pékin continuera de recevoir tout le soutien du CIO. »

« Pékin 2022 a continué à franchir des étapes-clés », selon le CIO

Le CIO avait désigné Pékin comme ville hôte des Jeux d’hiver 2022 le 31 juillet 2015, à Kuala Lumpur en Malaisie, devant la ville-candidate du Kazakhstan, Almaty, à 44 voix contre 40 (et une abstention). D’autres villes candidates (Stockholm, Oslo, Cracovie, Munich, Saint-Moritz-Davos et Lviv) s’étaient précédemment retirées.

Le 9 juin dernier, la Commission de coordination du CIO pour les Jeux d’hiver a salué les progrès accomplis par le Comité d'organisation. « La Chine a traversé une période incroyablement difficile au cours des derniers mois – nos pensées vont à toutes les personnes touchées, a déclaré Juan Antonio Samaranch Junior, président de la Commission de coordination. Nous sommes heureux de constater une amélioration significative de la situation en Chine, permettant au Comité d'organisation de retrouver des conditions de travail presque normales. Malgré ces circonstances uniques, Pékin 2022 a continué à franchir des étapes-clés, ce qui démontre la détermination des organisateurs à offrir une scène parfaite aux meilleurs athlètes d'hiver du monde dans un peu moins de deux ans. »

Les JO d’hiver 2022 doivent se tenir du 4 au 20 février 2022 sur trois zones. La zone de Pékin accueillera toutes les épreuves de glace (curling, hockey sur glace et épreuves de patinage) et quatre épreuves de neige (snowboard, ski acrobatique). Sur la zone de Yanqing, à 80 kilomètres au nord-ouest de la capitale chinoise, se dérouleront les épreuves de ski alpin et de glisse (bobsleigh, skeleton et luge). Enfin, la zone de Zhangjiakou, à 200 kilomètres de la capitale avec un trajet en 47 minutes de TGV, accueillera le centre de ski nordique (ski de fond, saut à ski, combiné nordique), le stade de biathlon et le parc de neige de Genting (snowboard, ski acrobatique).

À plus long terme, Pékin 2022 à l’ambition de familiariser 300 millions de ses concitoyens à la pratique des sports d'hiver.