Ces jeunes ont voté aux européennes pour la première fois et ils s’en souviendront toute leur vie

« C’est un vote dont je me souviendrais toute ma vie, parce que cette élection m’a réellement poussée à me battre »
krisanapong detraphiphat / Getty Images « C’est un vote dont je me souviendrais toute ma vie, parce que cette élection m’a réellement poussée à me battre »

EUROPÉENNES 2024 - Les retournements de situation politique des derniers jours ont mis la France en ébullition, et la dissolution de l’Assemblée Nationale par Emmanuel Macron prolonge les débats. Difficile de s’imaginer ce qu’ont vécu tous ces jeunes à peine majeurs qui ont pu voter dimanche 9 juin pour la toute première fois, et s’en souviendront toute leur vie.

Emmanuel Macron n’avait qu’un mot à la bouche pendant sa conférence de presse sur les législatives

« Je suis allé voter dimanche avec beaucoup d’espoir » témoigne Edgar, 19 ans. S’il se décrit comme « assez politisé et bien informé », il n’a été pas moins choqué par la soirée de dimanche. « J’avais avais presque les larmes aux yeux lorsqu’Emmanuel Macron a annoncé la dissolution. Je savais que c’était une possibilité mais rien ne pouvait m’y préparer. Je trouve ça fou », admet cet étudiant en deuxième année de droit à Amiens.

« Maintenant avec l’espoir il y a aussi la peur que l’extrême droite se renforce. En tant que jeune citoyen, j’ai peur pour le futur de nos droits et de nos libertés », s’inquiète-t-il.

Prise de conscience de l’importance du vote

Outre le choc de la dissolution, Edgar décrit aussi des européennes « historiques » qui ont réaffirmé chez lui la « conscience de l’enjeu du vote ». « Quand on ne vote pas, ce sont d’autres qui le font pour vous. Je pense que l’on ne peut pas se plaindre si l’on n’a pas voté » ajoute-t-il sur un ton confiant.

Même chose pour Camille, 18 ans et future élève de Sciences Po Paris, qui a eu « le sentiment du devoir accompli » en se rendant aux urnes. « Je savais d’avance que cette élection serait très importante, et qu’elle représente un enjeu énorme » explique la jeune fille qui a suivi les résultats autour d’une soirée électorale, comme le veut la tradition familiale.

La jeune fille à la conscience politique déjà bien éveillée a fortement été marquée par la soirée de dimanche : « C’est un vote dont je me souviendrais toute ma vie, parce que cette élection m’a réellement poussée à me battre ».

De votant débutant à grand militant

Avec beaucoup d’entrain, la lycéenne ajoute : « Cette combinaison de la victoire de l’extrême droite et de la dissolution de l’Assemblée a réellement ravivé un truc en moi. Je passe de mon tout premier vote à en devenir presque militante, car les trois prochaines semaines je vais les passer à lutter pour mes convictions. Vu le taux d’abstention aux européennes, je vais faire le maximum pour convaincre les gens autour de moi de voter pour les élections législatives ».

Pour Paul, 19 ans, comme pour beaucoup de jeunes, l’annonce d’un retour immédiat aux urnes a été un véritable ascenseur émotionnel. « Un peu stressé », à l’idée de voter pour la première fois, l’étudiant en cinéma et tatoueur en région parisienne, décrit le choc qu’il ressenti dans la soirée du dimanche 9 juin : « Aïe, c’était dur. On se prend une bonne claque », déplore-t-il.

« J’étais déjà hyperpolitisé avant et je me souviens encore du sentiment d’impuissance qui m’a traversé lors des élections présidentielles de 2017. Alors j’étais heureux de pouvoir voter aux européennes, et de savoir qu’avec ce geste je pourrais avoir une influence sur des décisions. Mais je ne croyais pas du tout aux sondages et à une victoire de l’extrême droite admet Paul. Ça m’a un peu déprimé, et c’était assez dur psychologiquement. Je me suis senti vraiment balancé entre l’espoir et le sentiment de fatalité, du “on est foutus”. »

Des jeunes au milieu d’un tournant politique

Ces évènements politiques ont pourtant contribué à changer immédiatement la manière dont Paul conçoit son rôle de citoyen. « L’espoir, je ne le perds jamais, et au contraire ça m’a donné de la motivation pour m’organiser. C’est triste à dire, mais on est motivés par la peur. En tant que jeune homme trans et gay, neuroatypique donc ayant un handicap invisible, c’est important pour moi de me battre pour mes droits », déclare-t-il avec conviction.

L’étudiant est conscient de la situation particulière qu’il vit : « Au vu des résultats, je me dis que mon premier vote s’est fait alors que la France est en train de connaître un tournant politique inédit. Ça m’a encore plus motivé à voter pour les législatives, ça ajoute vraiment une notion de responsabilité. Maintenant nous n’avons pas le choix, soit on va droit dans le mur, soit on empêche cette catastrophe ».

« Cette élection m’a vraiment réveillé dans mon militantisme, qui était resté assez local. Jusqu’à maintenant, ça se résumait plutôt à faire des posts sur les réseaux sociaux, aller à quelques manifs, et discuter de mes idées autour de moi. Maintenant, l’enjeu des législatives me donne envie de faire plus d’efforts, faire du porte à porte, tracter, rejoindre d’autres militants dans un parti. Je suis allé à la première manifestation contre l’extrême droite à Paris, et je serais très sûrement présent aux prochaines » déclare Paul.

Des rassemblements contre l’extrême droite sont prévus ce samedi 15 juin dans plusieurs villes de France comme Paris, Toulouse, ou Rouen. On retrouvera sûrement dans la foule de nombreux jeunes primovotants qui, comme Edgar, Camille ou Paul, cherchent eux aussi à faire entendre leurs voix, et cette fois en dehors des urnes.

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