Jeunes loups, collectifs... Qui sont les personnalités qui préparent la candidature Zemmour ?

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Il ne s'est pas encore officiellement déclaré mais de plus en plus d'indices laissent à penser que le polémiste Éric Zemmour se rêve en président de la République, ou à tout le moins en candidat à l'élection de 2022. Et il ne s'avance pas comme un homme seul.

On le sait, Éric Zemmour est une impressionnante machine médiatique. Entre les émissions de Zemmour & Naulleau sur Paris Première, ses heures quotidiennes sur CNews, ses livres - tous des succès de librairie qui ouvrent bien sûr à d'autres invitations audiovisuelles -, l'ancien chroniqueur de Laurent Ruquier enchaîne les passages télévisés comme autant de tribunes. Cette caisse de résonance n'a pu prendre qu'une profondeur supplémentaire ces dernières semaines alors que l'aspiration d'Éric Zemmour à se présenter à la présidentielle 2022 n'en finit plus de gagner en crédit

Les dossiers et unes consacrés à sa possible candidature se succèdent dans la presse. C'était L'Express il y a un mois. Ce sont Valeurs actuelles et Paris Match ce jeudi. De ce binôme, le premier prétend en couverture éventer "les secrets d'un candidat", tandis que la manchette du second assure "Oui, il est candidat", ses pages intérieures proclamant même "il saute le pas".

Mais considérer Éric Zemmour comme une créature médiatique ou un homme seul, projeté sur l'avant-scène d'une certaine droite en désespoir d'une figure providentielle, au moins depuis que l'étoile du général Pierre de Villiers semble avoir pâli, serait une erreur. Sa proto-campagne présidentielle s'appuie au contraire sur des réseaux originaux, des personnages bien introduits - dont certains très connus des Français - le tout articulé par des petites mains et des chevilles ouvrières. On peut décomposer cette "galaxie Zemmour" en cercles concentriques. 

· Les "jeunes loups"

À tout seigneur, tout honneur. Au premier rang de l'équipe rapprochée d'Éric Zemmour, on remarque d'abord la présence de Sarah Knafo. Elle a d'abord passé une tête dans l'enquête dédiée par L'Express à l'essayiste début juin. Il faut dire qu'elle est la première pièce de son dispositif. Cette énarque de 26 ans est conseillère politique, désormais magistrate à la Cour des Comptes, après être sortie dans la "botte" (traduire, dans les meilleurs) de la célèbre école d'administration. 

Ses tâches auprès d'Éric Zemmour sont aussi multiples et essentielles qu'officieuses. Elle l'accompagne dans ses déplacements, les organise le cas échéant. Comme en septembre 2019 où elle avait co-organisé la Convention de la droite, événement publique lors duquel le journaliste avait pris une nouvelle dimension, plus verticale, assumant cette fois de se placer derrière un pupitre pour développer ses positions, ses analyses, sa vision de l'avenir du pays. 

Le compagnonnage entre celle qui était, en 2016, la responsable des "Jeunes avec Henri Guaino" et l'ex-chroniqueur de 20h10 Pétantes et On n'est pas couché est donc déjà ancien. Elle lui apporte un ultime coup de main, cardinal: au domicile de la jeune femme se tiennent des réunions lors desquelles elle le met en contact avec de jeunes enthousiastes, désireux de rejoindre le mouvement. 

Est-ce au cours de l'une d'entre elles que Samuel Lafont a pris place à bord du train? Paris Match et Valeurs Actuelles mentionnent tous deux cet homme âgé de 34 ans. Ce spécialiste des réseaux sociaux, ex-membre de l'UNI - syndicat étudiant de droite -, a d'abord émargé à "La Manif pour Tous".

Longtemps militant au sein de la principale famille politique de la droite, il a ensuite participé à la campagne de François Fillon, avant de créer Damoclès, un site mixant articles d'opinion - au contenu parfois nébuleux - et pétitions. Désormais, il "anime la mobilisation en ligne", selon les termes qu'il a employés auprès de Paris Match. C'est-à-dire qu'il gère les comptes Tiktok, Instagram ou encore Twitter de son champion. 

Pierre Mourin s'affirme comme un autre artisan de cette équipée qui s'annonce. Le jeune homme de 31 ans est en tout cas cité dans le numéro de Valeurs actuelles de cette semaine comme l'un des maillons les plus éminents du "staff" d'Éric Zemmour. Il est l'ancien directeur des études de l'Issep, l'école de sciences politiques lancée par Marion Maréchal. L'un des nombreux éléments démontrant d'ailleurs l'existence de passerelles entre le clan Zemmour et l'entourage de l'ex-députée FN élu dans le Vaucluse.

Il est décrit comme le responsable des campagnes d'affichage associées à Éric Zemmour. 

· Les "associatifs"

Ces campagnes ne sont pas seulement théoriques. Elles ont même connu une première application spectaculaire le 29 juin quand des petites mains ont collé des affiches "Zemmour président" à Paris, comme dans de nombreuses autres villes de France. Ce happening était l'œuvre du collectif "Génération Z", initialement élaboré il y a trois mois environ sur les réseaux sociaux. Celui-ci est chaperonné par Stanislas Rigault, 22 ans, ancien étudiant en droit, et chargé de mission à l'Institut de formation politique, comme le note Valeurs actuelles

Ce dernier a estimé à "500" le nombre des fidèles de sa "Génération Z" auprès du Monde, en dressant une rapide typologie, évoquant des "néo-militants" mais aussi des "jeunes issus de LR et de l'UNI". Là encore, la photo de famille appelle à l'élargir. Car les affiches remises à "Génération Z" et collées par ses soins ont été imprimées aux frais d'un autre collectif: "Les Amis d'Éric Zemmour", reconnue depuis le 1er juillet en tant qu'association de financement de parti politique par la Commission des comptes de campagne. 

Antoine Diers, 32 ans, en est le porte-parole. Cet expert en communication et ancien candidat de la droite aux municipales à Dunkerque en 2014 est aujourd'hui directeur de cabinet du maire du Plessis-Robinson, dans les Hauts-de-Seine. C'est ce nordiste qui a poussé Éric Zemmour à faire le déplacement jusqu'à la maison de la famille De Gaulle à Lille, le 18 juin dernier, d'après Valeurs actuelles. Onze jours plus tard, sur notre plateau, il expliquait le sens de son engagement: 

"Éric Zemmour, aujourd’hui, est soutenu par des électeurs de la droite normale, la droite qui dit : ‘Nous, on est de droite, on a toujours voulu la sécurité, juguler l’immigration, une justice qui soit ferme et forte’. Éric Zemmour répond à ça."

Si ces personnalités, sans y être centrales, s'inscrivent donc dans le paysage d'une droite plus ou moins traditionnelle, on trouve auprès d'Éric Zemmour des visages sortis d'un autre sérail. Ainsi, le 19 mai dernier, Benjamin Cauchy, 41 ans, ex-gilet jaune ayant ensuite rejoint le Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan, posait entre lui et l'ex-RN Jean Messiha lors de la manifestation parisienne des policiers. Sa compagne a, de surcroît, pris la tête d'un groupe appelé "Les femmes avec Éric Zemmour", signale encore Valeurs actuelles.

· Les "cadors"

Parmi les proches d'Éric Zemmour, on remarque des trajectoires plus expérimentées, à l'exemple de Charles Gave, entrepreneur et économiste. Il est le président du think-tank "Institut des libertés". Ce libéral, proche par ailleurs de la droite dure, dîne régulièrement avec Éric Zemmour selon l'hebdomadaire conservateur.

Le profil de Pierre-Édouard Stérin est également cité par Paris Match pour ses affinités avec l'auteur pressenti pour la course suprême de 2022. Cet homme de 47 ans est le président du site La Fourchette et est à l'origine de la Smartbox. Il n'a pas de mission précise auprès du polémiste mais lui accorde une attention soutenue, selon l'hebdomadaire. 

Le polémiste cotoie des personnalités davantage habituées au combat politique. C'est le cas au premier chef de Paul-Marie Coûteaux, 64 ans, ce personnage toujours marginal mais jamais hors du jeu qui aura fait du souverainisme sa seule ligne conductrice. Ancien conseiller au cabinet de Jean-Pierre Chevènement dans les années 1980, il a été élu député européen sur la liste de Charles Pasqua en 1999, le demeurant dix ans. Il s'est ensuite rapproché de Philippe de Villiers, avant de faire de même avec le FN (il a d'ailleurs présenté Florian Philippot à Marine Le Pen).  

Paul-Marie Coûteaux et Éric Zemmour discutent en continu, selon Paris Match qui souligne que le premier a martelé au second qu'il se devait de porter une cravate dorénavant à la télévision, et surtout, qu'il relit le manuscrit du prochain livre du probable futur candidat. Ce même livre qu'Albin Michel a renoncé à publier.

Il a établi, pour le magazine, la cible électorale visée par Éric Zemmour, pointant: "Les deux Français sur trois qui croient en la France qui tiennent à l’autorité de l’Etat, qui pensent que la famille c’est un père, une mère, des enfants, et qui, pour cela, jugent nécessaire l’union des droites".

Cette union des droites, par-delà un schisme, selon lui, artificiel imposé de l'extérieur par François Mitterrand au RPR dans les années 1980 pour inhiber la droite vis-à-vis du lepénisme et l'handicaper dans les urnes, est en tout cas l'une des idées les plus fréquemment répétées par Éric Zemmour durant ses interventions. Et celui-ci d'affirmer que la droite serait mieux inspirée d'abandonner ce complexe pour imiter justement François Mitterrand dans sa capacité à conclure une alliance avec un puissant et encombrant allié (alors le Parti communiste) pour mieux l'étouffer. 

L'héritage puisé par le journaliste historique du Figaro à la source mitterrandienne ne s'arrête pas là: il attire même certains des anciens favoris du seul détenteur d'un double septennat présidentiel. En effet, Loïk Le Floch-Prigent, ex-PDG de la société Elf et de la SNCF, condamné pour abus de biens sociaux pour ses agissements à la présidence de la première, l'assiste également à sa manière. Le dirigeant issu de la sociale-démocratie rédige des notes à son intention, déjeune avec lui, les deux hommes profitant de la collation pour parfaire les connaissances économiques d'un Éric Zemmour qui revendique depuis longtemps le colbertisme comme doctrine économique. 

Invité de BFMTV ce jeudi matin, Loïk Le Floch-Prigent, 77 ans, a tenu à observer qu'il était l'ami d'Éric Zemmour depuis longtemps. "Lorsqu’il me pose des questions, je lui réponds par écrit ou par oral", a-t-il simplement resitué à l'occasion de ce duplex. Il en a toutefois dit un peu plus long sur le contenu de leurs échanges récents: "Je lui ai expliqué ce qu’était l’industrie, pourquoi elle avait décru et comment la redresser". 

Article original publié sur BFMTV.com

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