#JeSuisMila : Belloubet critiquée pour ses propos sur "l'insulte à la religion"

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, le 17 septembre 2019 à l'Assemblée nationale. (Photo: Charles Platiau / Reuters)

AFFAIRE MILA - Les propos sont ambivalents et créent la polémique. Interrogée sur l’affaire Mila ce mercredi 29 janvier sur Europe1, Nicole Belloubet a d’abord condamné les menaces de mort reçues par la jeune lycéenne scolarisée en Isère, en estimant que “dans une démocratie la menace de mort est inacceptable (...), c’est quelque chose qui vient rompre avec le respect que l’on doit à l’autre”.

Mais la ministre de la Justice a également pointé “l’insulte à la religion, qui est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c’est grave”.

Des déclarations immédiatement critiquées par l’avocat au barreau de Paris, Richard Malka, dans une tribune publiée ce mercredi dans Le Figaro. Ce spécialiste du droit à la liberté d’expression, qui défend notamment l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, rappelle que ces propos sont juridiquement faux, “gravissimes” et “particulièrement ineptes”. “Non, Madame Belloubet, injurier l’islam n’est pas une atteinte à la liberté de conscience”, écrit-il, accusant la garde des Sceaux d”inculture juridique”.

“Il faut qu’elle présente des excuses”

“On aimerait qu’elle lise davantage les fiches que lui préparent ses conseillers, et pas la propagande de la Ligue islamique mondiale qui milite partout en Europe pour l’interdiction du blasphème”, poursuit-il avant de demander “des excuses” à la ministre.

“La liberté de conscience, c’est de croire ce que l’on veut”, ajoute-t-il. “Mila n’a empêché personne de croire en l’islam! C’est au contraire la liberté de conscience de Mila qui est ici en jeu, car elle a le droit de penser ce qu’elle veut de l’islam et de le dire, même sur les réseaux sociaux.”

Le discours de Nicole Belloubet a également été critiqué par une partie de la classe politique. “Peut-on compter sur le gouvernement d’Emmanuel Macron pour défendre nos valeurs et nos libertés? Clairement, la réponse est NON!”, a notamment tweeté la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, en relayant la tribune de Richard Malka.

Pour le vice-président du parti d’extrême droite, Jordan Bardella, la garde des Sceaux “légitime le délit de blasphème, et par là les fondamentalistes qui remettent en cause nos libertés. Irresponsable de soumission et de faiblesse”.

Une “expression maladroite” se défend la ministre

Face à la polémique, la ministre a tenu à préciser ses propos en reconnaissant auprès de l’AFP une expression “maladroite” et en assurant ne pas remettre en cause “le droit de critiquer la religion”. 

“Les insultes et les discriminations à raison de l’appartenance religieuse sont des infractions. C’est ça que j’ai voulu dire”, a déclaré Nicole Belloubet, dénonçant une polémique “ridicule”. “Je n’ai absolument pas justifié le délit de blasphème”, a-t-elle affirmé.

Auprès du HuffPost, l’entourage de la ministre a admis “une maladresse sur trois mots” commise “sur une question hypersensible”. “On ne peut pas lui faire le dire qu’elle aurait promu le délit de blasphème. Son sujet, c’était le délit d’incitation à la haine raciale, l’injure à caractère raciste, ce qui est grave, mais pas la critique des religions”. 

Christophe Castaner enfonce le clou

Lors de la séance des questions au gouvernement, son collègue de l’Intérieur a enfoncé le clou. “Il n’existe pas dans ce pays et il n’existera jamais sous l’autorité de ce gouvernement de délit de blasphème”, a assuré Christophe Castaner devant les sénateurs.

“Nous devons refuser qu’au nom d’une pseudo dénonciation de l’islamophobie, on ne puisse pas dans ce pays critiquer une religion”, a-t-il ajouté, évoquant le “déferlement de haine” qui s’est abattu sur la jeune Mila. 

À droite comme à gauche, ces déclarations ont soulevé l’indignation. Des députés LREM, des philosophes, des journalistes et des avocats avaient rapidement critiqué cette “remise en cause du droit au blasphème”, rappelant le principe de laïcité garanti par la loi de 1905.

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Deux enquêtes distinctes ouvertes 

 

Mila avait été déscolarisée “provisoirement” le 23 janvier pour avoir tenu des propos hostiles à l’islam et aux religions en général dans une story Instagram postée le 18 janvier. La lycéenne avait affirmé “détester la religion” et qualifié l’islam de “religion de haine” et “de merde”.

Le parquet de Vienne avait décidé d’ouvrir deux enquêtes distinctes: l’une pour “chef de menaces de mort” contre la jeune fille et une autre pour “provocation à la haine raciale”, suscitant déjà alors la colère d’une partie de la classe politique.

En France, le droit au blasphème est reconnu, même si des journalistes doivent vivre sous protection policière, comme ceux de Charlie Hebdo. En 2002, l’écrivain Michel Houellebecq avait, par exemple, été relaxé après avoir qualifié l’islam de “religion la plus con du monde”.

Huit pays ont supprimé la notion de blasphème de leur cadre juridique depuis janvier 2015, mais 69 continuent de le réprimer, et 6 pays le punissent de la peine de mort (Mauritanie, Brunei, Pakistan, Iran, Afghanistan).


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