Jeff Koons et le Centre Pompidou condamnés pour "contrefaçon" d'un cliché

Aurélia END
Le plasticien américain Jeff Koons, le 17 septembre 2015 à Los Angeles

Paris (AFP) - Au départ, une modeste carte postale de 1975, à l'arrivée, une sculpture valant des millions de dollars: la justice a estimé jeudi qu'une ?uvre du plasticien américain Jeff Koons était bien la "contrefaçon" d'un cliché du photographe français Jean-François Bauret.

Le tribunal de grande instance de Paris a par conséquent condamné la société Jeff Koons LLC, dont l'artiste est le gérant, et le Centre Pompidou, à verser ensemble 20.000 euros aux ayants droit du photographe en réparation du préjudice subi, auxquels s'ajoutent 20.000 euros pour leurs frais de justice.

Le Centre Pompidou est condamné non pour avoir exposé la sculpture, mais pour l'avoir reproduite dans les catalogues d'une exposition consacrée au célèbre plasticien américain.

Jeff Koons LLC devra payer 4.000 euros supplémentaires à la famille pour avoir reproduit l'?uvre litigieuse sur son site internet, selon ce jugement dont l'AFP a eu copie.

Les juges ont également interdit d'exposer en France "Naked" (Nus), réalisée en 1988 par Jeff Koons.

Cette sculpture en porcelaine haute d'un peu plus d'un mètre représente un petit garçon offrant à une petite fille un bouquet de fleurs, les deux étant nus. Un exemplaire a été vendu pour plus de 8 millions de dollars en 2008 par Sotheby's à New York.

En janvier 2013, un article de blog fait le rapprochement avec un cliché du photographe français Jean-François Bauret. Ce n'est qu'après le décès de ce dernier, en janvier 2014, que ses proches en prennent connaissance.

Ils exigent d'abord que l'oeuvre ne soit pas exposée comme prévu lors d'une spectaculaire rétrospective consacrée à Jeff Koons au Centre Pompidou. La sculpture est effectivement absente de l'exposition, qui attire 650.000 visiteurs de novembre 2014 à fin avril 2015 -officiellement, elle a été endommagée lors du transport.

Les ayants droit assignent finalement Jeff Koons lui-même, sa société et le Centre Pompidou en janvier 2015.

Le cliché "Enfants", réalisé par Jean-François Bauret en 1970 et diffusé en 1975 sous forme de carte postale, représente deux enfants nus, dans une pose quasiment identique à celle de "Naked".

Selon les juges, il en ressort une "atmosphère de tendresse et de pureté", alors que la sculpture de Jeff Koons ajoute un décor kitsch et une "connotation sexuelle évidente". Mais ces variations "n'empêchent pas de reconnaître et d'identifier les modèles et la pose" de la photographie d'origine (http://jfbauret.free.fr/enfants.htm).

- Déjà condamné pour plagiat -

L'artiste américain s'est selon le tribunal "servi des modèles de la photographie en faisant l'économie d'un travail créatif, ce qui ne pouvait se faire sans l'autorisation de l'auteur", considéré comme un pionnier du "portrait nu" dans les années 1970 en France.

Tout en reconnaissant le préjudice "patrimonial" autant que "moral" subi par la famille de Jean-François Bauret, le tribunal a tenu à le ramener "à de plus justes proportions: les ayants droit, dont la veuve, avaient réclamé plus de 3 millions d'euros de dommages et intérêts.

Les juges ont souligné que la sculpture "Naked" n'avait pas été exposée à Paris, mais seulement reproduite dans des catalogues d'exposition et montrée dans des reportages, sans "médiatisation particulière".

Par ailleurs, la sculpture n'est pas l'une des "oeuvres iconiques de l'artiste", au même titre par exemple que son célébrissime "Balloon Dog", sculpture monumentale figurant un chien en ballon de baudruche, qui détient le record d'adjudication absolu pour une oeuvre contemporaine (58,4 millions de dollars en 2013).

Jeff Koons a été poursuivi et condamné pour plagiat à diverses reprises.

Sa sculpture "Fait d'hiver" par exemple, appartenant à la même série d'oeuvres que "Naked", fait elle aussi l'objet d'un contentieux, cette fois avec le publicitaire Franck Davidovici.

Ce dernier reproche à Jeff Koons d'avoir plagié une publicité pour la marque de vêtements Naf Naf de 1985, mettant en scène un petit cochon et une femme allongée dans la neige.

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