«Jeanne», habemus papesse

Libération.fr

Entre conte sensuel et portrait moderne, Jean Breschand narre le destin de l’unique femme de l’histoire qui dirigea l’Eglise catholique.

La papesse Jeanne, seul exemple d’une papauté féminine ayant prétendument eu lieu entre 855 et 857, est une figure légendaire apparue au XIIe siècle. Comme toute légende, elle a servi à des fins contradictoires : au sein de l’Eglise, elle a permis de justifier l’éviction des femmes aux fonctions importantes ; hors de l’Eglise, elle a surtout alimenté la satire. C’est clairement à cette seconde catégorie qu’appartient la version privilégiée par Jean Breschand : le roman (éponyme) de l’écrivain grec Emmanuel Roïdis (publié en 1866, traduit en français trente ans plus tard par Alfred Jarry) qui fit un petit scandale au moment de sa publication pour sa truculence et son ironie. Dépassant la seule question religieuse, le film est un conte philosophique. Jeanne y incarne une forme de résistance à l’aveuglement idéologique en révélant des contradictions fondamentales entre la croyance et le savoir, entre la pensée dogmatique et l’expérience physique.

Refoulements. Il est important de souligner que contrairement aux deux autres films s’étant déjà intéressés à cette histoire (l’un réalisé par Michael Anderson en 1972, l’autre par Sönke Wortmann en 2009), Jean Breschand ne fait pas de Jeanne un travesti ou un androgyne : c’est bien en tant que femme et non à cause d’un malentendu qu’elle devient papesse. Et c’est en tant que femme qu’elle fascine puis rebute les prêtres, les renvoyant à leurs paradoxes et à leurs refoulements. Le film remonte ainsi à la source religieuse de toutes les misogynies : la vision simpliste et intenable selon laquelle la femme ne peut-être qu’une image de la pureté ou un objet de désir, une vierge ou une mère, une sainte ou une putain. Et lorsqu’arrive le moment inexorable où la sainte devient désirable et la vierge accouche, la seule réponse de l’homme est de nier ce corps qui aurait dû se contenter d’être une (...)

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