Jean-Pierre Filiu, spécialiste du monde arabe : "En Algérie, Gaid Salah entend rester le maitre du pays"

A 12 jours de l’élection présidentielle algérienne, tout indique que le mouvement de protestation populaire, le Hirak, boycottera massivement ce scrutin. Pour faire comprendre comment on en est arrivé à une telle impasse, le spécialiste du monde arabe et professeur à Sciences-Po Paris Jean-Pierre Filiu publiera jeudi Algérie, une nouvelle indépendance aux Editions du Seuil. En avant-première de cette parution, il revient ici sur les racines de cette confrontation entre la rue et le régime et essaie d’éclairer les pistes de sortie de crise.

Qu’est-ce qui vous a amené à publier ce livre important alors que votre zone de prédilection est davantage le Moyen orient?
J’avais déjà mis l’Algérie en avant dans un essai paru en 2015 Les Arabes, leur destin et le nôtre* sur l’histoire partagée entre les peuples français et arabes. Puis en 2018, dans Généraux, gangsters et djihadistes* j’avais consacré une partie du livre à la "matrice algérienne" des autoritarismes arabes. Cela fait des années que j’associe les soulèvements démocratiques dans le monde arabe à une lutte pour l’autodétermination, lutte contre les régimes qui ont détourné l’indépendance postcoloniale à leur profit exclusif. Et c’est très précisément ce qui se déroule en Algérie depuis le 22 février, avec ces foules qui défilent tous les vendredis (et tous les mardis pour les étudiants) pour reprendre en main leur propre destin. Car l’été 1962  de la libération du colonialisme français fut aussi celui où l’Armée des front...


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