Jean-Michel Aphatie : "La politique française est un cimetière de gens talentueux. On a pris les plus cons !"

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À six mois de la présidentielle, le journaliste politique Jean-Michel Aphatie fait le bilan d’un quinquennat pas comme les autres, entre humour et sévérité. Il a répondu aux questions de Yahoo sur son dernier livre, Les amateurs - Les coulisses d'un quinquennat

"La politique française est un cimetière de gens talentueux. On a pris les plus cons". Le ton est cash, l’accent un peu chantant, le jugement sévère. Le journaliste politique Jean-Michel Aphatie était l’invité de Yahoo pour faire le bilan du quinquennat écoulé, piloté par des "amateurs", comme il qualifie Emmanuel Macron et les marcheurs. Cet adjectif, d’abord adressé par le président de la République à ses propres troupes, est devenu le titre du dernier livre de l’intervieweur et éditorialiste, Les amateurs - Les coulisses d'un quinquennat (Flammarion). 

Celui qui scrute la vie politique française depuis 35 ans partage à Yahoo son récit des coulisses du mandat Macron et confie ses inquiétudes, notamment sur l’avenir de la démocratie en cas de crise climatique, et sur l’ascension d’Eric Zemmour, le presque candidat à l'élection présidentielle.

"Emmanuel Macron n’était pas préparé à être président"

Au premier rang des "amateurs" épinglé par Jean-Michel Aphatie, il y a d’abord le président en personne, novice en politique. "Emmanuel Macron n’était pas préparé psychologiquement, au plus profond de lui-même, à être président de la République, à diriger une nation", juge l’éditorialiste. "Donc il laisse passer des trucs qui sont insupportables. Il a brouillé sa relation avec les Français".

Au rayon des "trucs insupportables", le journaliste retient sa phrase sur les "gens qui ne sont rien", prononcée en au détour d’une remarque sur les gares, lors de l’inauguration d’un campus pour startups à Paris en juin 2017. "La vraie faiblesse d’Emmanuel Macron, c’est d’être trop intelligent, plus que vous et moi. Ça l’a conduit au mépris, parfois, à l’arrogance", lâche-t-il. "Comment un homme aussi intelligent que lui peut dire, il est président de la République, ‘il y a des gens qui ne sont rien’ ? C’est insupportable d’entendre ça".

"Le couple le plus disharmonique de la Ve République"

Une fois arrivé à l’Elysée, "Emmanuel Macron s’en remet au premier venu", estime Jean-Michel Aphatie à propos d’Edouard Philippe, le maire Les Républicains du Havre, quasiment inconnu du grand public lorsqu’il est propulsé à Matignon en mai 2017. "Ça marche rarement les couples comme ça", juge le journaliste, comparant le chef de l’Etat à "Belmondo dans Le Magnifique", et son Premier ministre à "Jospin avec un peu d’humour".

Un couple mal assorti, au sein duquel la dynamique n’est pas celle que l’on croit. Jean-Michel Aphatie révèle qu’"Emmanuel Macron est souvent mis en minorité", lors des déjeuners hebdomadaires organisés entre le tandem exécutif, le secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler et le directeur de cabinet de Matignon, Benoît Ribadeau-Dumas. Or "il n’a pas le courage de taper sur la table et de dire ‘c’est moi le chef’, parce qu’il n’a pas réfléchi à la fonction, il est un peu innocent, vierge". L’opposé d’Edouard Philippe, qui a 20 ans d'expérience "et fait de la politique à l’ancienne". Donc le président préfère "repasser derrière, de manière sournoise", au grand dam de son chef de gouvernement. Résultat, il s'agit selon Jean-Michel Aphatie du "couple le plus disharmonique de la Ve République".

"Le plus ancien temps ? Bruno Le Maire !"

Tous les macronistes ne sont pas si "amateurs" aux yeux de l’auteur qui distribue quelques bons points. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, Christophe Castaner, son prédécesseur à Beauvau désormais patron des députés marcheurs, ou encore Marlène Schiappa, ministre déléguée à l’Intérieur, figurent parmi les plus "malins", livre Jean-Michel Aphatie à Yahoo. "Le plus ancien temps" est sans hésitation Bruno Le Maire, l’ex-LR nommé ministre de l’Economie, "très IIIe République". 

S’il n’est guère connu du grand public, le secrétaire d’État Clément Beaune, en charge des affaires européennes, a la réputation d’être brillant : "c’est le meilleur selon Alain Minc" [conseiller politique et dirigeant d’entreprise].

"Marine Le Pen n’a jamais été heureuse dans sa vie de femme politique"

Face à la percée d’Eric Zemmour, le journaliste ne juge pas improbable que Marine Le Pen se retire de la campagne présidentielle. "Tous les cadres du Rassemblement national, fatigués de la cuisine Le Pen depuis tellement longtemps, la quitteraient avec un bonheur ineffable". 

En outre, la fille de Jean-Marie Le Pen "n’a jamais été heureuse dans sa vie de femme politique. C’est un héritage, ça lui est tombée dessus. Alors elle pourrait être tentée de dire ‘ce sera sans moi’", avance-t-il.

"Faudra-t-il une schlague" face à l’urgence écologique ?

Alors que la COP26 vient de s’achever à Glasgow, l’auteur des Amateurs juge que "les politiques sont incapables de faire face au défi écologique (…) Ils sont comme nous, perdus". "La planète se réchauffe beaucoup plus vite que notre désir de changer de modèle de développement", observe-t-il. 

Il prédit qu’en 2100, "nous serons nombreux à avoir les pieds dans l’eau, avec des mouvements de population sans doute considérables". Le modèle démocratique pourrait alors être remis en question, au profit de régimes plus autoritaires : "faudra-t-il une schlague pour réguler les comportements ?", s'interroge-t-il.

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