Jauges des stades, Roland-Garros... Maracineau détaille les conséquences du pass vaccinal pour le sport

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La ministre déléguée aux Sports a précisé à RMC Sport les mesures adoptées pour le sport professionnel et amateur en France, afin de lutter contre l'augmentation rapide des cas de Covid en France. Roxana Maracineanu précise qu'il n'est pas question de mettre entre parenthèses les différentes compétitions sportives. - DR RMC Sport
La ministre déléguée aux Sports a précisé à RMC Sport les mesures adoptées pour le sport professionnel et amateur en France, afin de lutter contre l'augmentation rapide des cas de Covid en France. Roxana Maracineanu précise qu'il n'est pas question de mettre entre parenthèses les différentes compétitions sportives. - DR RMC Sport

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Qu'est-ce que le pass vaccinal va changer pour le sport amateur et professionnel dans les prochaines semaines?

ROXANA MARACINEANU. Pour le pass vaccinal, il sera désormais obligatoire pour rentrer dans les enceintes sportives couvertes ou découvertes avec en supplément un port du masque si on ne pratique pas une activité sportive et que l’on vient en tant que spectateur. Pour les pratiquants amateurs, je pense que cela ne va pas changer grand-chose même si on n’a pas les chiffres précis entre ceux qui fonctionnent avec un test et ceux qui se font vacciner. On peut supposer qu’une majorité d’enfants, de jeunes et d’adultes sont vaccinés quand ils viennent pratiquer. En tout cas je l’espère pour eux.

Passer au pass vaccinal c’est quelque chose que l’écosystème avait déjà demandé dans le champ sportif depuis le début de la gestion de cette crise sanitaire. Je pense que cela ne posera pas de problème. On voit que sur le sport professionnel, ce qui pose le plus de problèmes, c’est la circulation de ce virus. On le voit même au-delà du sport avec beaucoup personnes contaminées.

C’est une circulation très rapide qui remet en question la tenue de certaines compétitions. On voit aussi des instances sportives qui vont au-dessus des contraintes que nous imposons sur les grands rassemblements afin de permettre la tenue des compétitions et préserver la santé des sportifs et faire en sorte que les compétitions puissent se tenir avec des effectifs qui continuent à se former.

Ne valait-il pas mieux interrompre les compétitions pendant trois semaines?

On nous a suffisamment reproché d’arrêter les compétitions quand cela a été le cas. Aujourd’hui, la contrainte qui pèse sur le sport comme sur la culture et les grands rassemblements sociaux c’est de ne pas aller au-delà de 5.000 personnes en extérieur et 2.000 en lieu couvert.

Je crois que c’est déjà suffisant. Nous allons compenser par des mesures économiques adéquates les pertes de ces acteurs qui vont inévitablement les subir. On espère que cela ne va pas durer très longtemps et que l’on va très vite retrouver le chemin des stades pour tous les passionnés.

Le sport professionnel reste quand même le seul lieu où l’employeur va contrôler le pass vaccinal? Comment les clubs vont-ils le gérer?

Dans la réalité des faits on parle d’une petite poignée de sportifs qui ne sont pas vaccinés. Aujourd’hui, chez les professionnels on est quand même à des taux supérieurs au reste de la population. On est à 99% dans le football et 98% dans le rugby, de joueurs qui sont vaccinés pour avoir leur pass sanitaire. Effectivement, ce sera à nous de convaincre les quelques sportifs qui ne le sont pas, d’y aller et de s’engager dans cette trajectoire vaccinale. Cela leur permettra d’une part mieux se protéger pour rester en bonne santé et aussi d’accéder aux équipements sportifs lors des entraînements.

Aujourd’hui pour les compétitions, les discussions sont toujours en cours afin de voir si au moment des compétitions c’est le protocole de la compétition qui prime sur le pass vaccinal tel qu’il est demandé à la population française. Et pour cause on accueillera des équipes qui viennent de l’étranger et qui ne sont, chez elles, pas soumises aux mêmes restrictions que chez nous. Cela doit être discuté et le sera au début de la semaine prochaine pour voir si le protocole des compétitions sportives primera sur les contraintes que l’on connait pour toutes les personnes qui exercent une activité physique en France.

Aurait-on ainsi la possibilité de voir Novak Djokovic à Roland-Garros sans pass vaccinal?

Dans l’état des choses si Roland-Garros avait lieu en ce moment, et ce n’est pas le cas, le pass vaccinal n’est pas obligatoire pour entrer sur le territoire. Djokovic pourrait donc venir faire une compétition si dans les réunions que l’on va organiser en début de semaine on acte le fait que le protocole de la compétition prime sur la contrainte du pass vaccinal.

A la vue de son actualité en Australie, les sportifs médiatisés doivent-ils montrer l’exemple selon vous?

Je répondrais plutôt en disant que c’est à nous de mettre en avant les sportifs qui ont fait le choix de se vacciner pour pouvoir montrer cet exemple. Je crois que l’enjeu aujourd’hui c’est d’arriver à convaincre les personnes ne sont pas dans une trajectoire vaccinale que c’est essentiel pour leur santé. Si des sportifs peuvent aider à cela, bien sûr.

Mais ce n’est pas une obligation d’exemplarité qui doit peser sur les sportifs. Aujourd’hui si des sportifs font le choix de ne pas se vacciner, ils sont libres de le faire. On est dans un pays démocratique et libre. En revanche il faut aussi qu’ils acceptent d’assumer ce qui va avec et donc l’impossibilité de continuer leur métier pendant le temps qu’il faudra.

"Il y aura des jauges proportionnelles"

Passons à la problématique des jauges. Avez-vous été surprise par l’image de Lens avec les supporters rassemblés dans une tribune? Avez-vous envoyé un message à Noël Le Graët?

Je ne me suis pas fait surprendre par l’image. Surtout parce que j’avais envoyé un courrier pour parler de cette mesure à tous les clubs avant même que les matchs aient lieu. Effectivement ce courrier n’a pas été suivi d’effet par le club de Lens puisque dans une tribune ils ont fait rentrer 5.000 personnes sans respecter la distanciation et le port du masque. Nous sommes intervenus auprès du président Le Graët et aussi auprès du club lui-même pour leur dire qu’à l’avenir et pour le prochain match, il faudra soit diviser les 5.000 personnes en deux tribunes soit les obliger à respecter la distanciation et le port du masque.

Où en est-on sur la possibilité de jauges proportionnelles?

L’amendement du député Houlié n’a pas été retoqué. Son amendement a servi de base à l’amendement gouvernemental qui a ensuite été adopté. On l’a discuté avec Sacha Houlié pour justement lui faire comprendre que passer à des jauges proportionnelles dans tous les équipements sportifs, c’était aussi pénaliser les petits équipements. Par exemple, un équipement de 1.000 places qui n’est actuellement pas touché par la contrainte le serait avec une jauge proportionnelle même à 75%. Il aurait été pénalisé de 250 places en moins.

Voilà pourquoi on a fait un mix avec son amendement et la décision que l’on avait pris. On voulait alors une décision simple et compréhensible pour tous les secteurs d’activité et pas uniquement pour le secteur sportif. Il y aura des jauges proportionnelles au-delà des 2.000 personnes acceptées dans un équipement couvert et au-delà des 5.000 dans un équipement ouvert. Toutefois cela dépendra de la situation sanitaire au moment de la rédaction du décret. Cela dépendra aussi du comportement des personnes dans l’application de cette contrainte. C’est vrai que si ce que l’on a vu à Lens vient à se reproduire à d’autres reprises et qu’on le voit à la télévision on se demandera pourquoi ils ne le respectent pas dans un stade quand nous le faisons dans la société. La rédaction du décret de ne sera alors pas aussi simple et fluide que cela peut paraître aujourd’hui. Au-delà de 2.000 et de 5.000, il y aura la possibilité selon la configuration de l’équipement et la situation de la crise sanitaire d’aller sur des jauges proportionnelles.

Comment cela peut s’organiser et fonctionner concrètement pour des stades, comme par exemple le Vélodrome?

Cela va fonctionner de la manière suivante. Le club présentera un protocole d’accès avec un nombre de personnes en préfecture. Selon les termes du décret, le préfet acceptera ou n’acceptera pas le protocole qui lui sera soumis. Ces protocoles diffèreront beaucoup donc je ne peux pas dire depuis le ministère des Sports comment cela va se passer dans tous les stades de France.

Cela dépendra de la configuration du stade, du nombre de place et du nombre d’entrées et de sorties du stade, de la localisation du stade en centre-ville avec la possibilité pour les gens d’aller dans tous les sens ou comme au Stade de France avec tout le monde dans la même bouche de métro. Au sortir du stade. Cela dépend de beaucoup de paramètres. C’est pourquoi on ne peut pas prendre de décision au niveau national mais que l’on donnera la possibilité aux préfets d’accepter ou non les protocoles qui leur seront soumis.

"Il y a plus frustrant que de ne pas aller au stade"

Comprenez-vous les clubs râleurs qui préfèrent jouer à huis clos?

Bien sûr que je peux comprendre. Parce que c’est vrai, et on ne se rend pas bien compte, que ce sont des sommes énormes qui sont perdues à chaque fois. Il n’y a pas que les spectateurs qui payent leur place à des prix accessibles mais aussi des loges qui sont vendues à des sponsors ou des partenaires. Donc ce sont ces partenariats qui sont remis en question. C’est pour cela qu’on espère tous que cette difficulté supplémentaire à laquelle on doit faire face ne va pas durer trop longtemps et que d’ici trois semaines ou un mois on puisse revenir à des jauges normales pour que le modèle économique de ces entités puisse fonctionner.

Mais on sera là. Le gouvernement l’a annoncé et le Ministère des Sports continuera à financer et à aider les clubs professionnels. On l’a fait sur les acteurs professionnels du football, du rugby, du basket et aussi du hand, aussi bien pour le masculin et le féminin à hauteur de 210 millions d’euros. On continuera à le faire et de manière aussi à les aider pourquoi pas à ouvrir de tribunes supplémentaires afin de respecter la distanciation.

Ne tape-t-on pas trop sur le sport par rapport à d’autres secteurs?

Ce n’est pas le cas. La mesure prise concerne tous les secteurs avec des grands rassemblements. Au contraire, avec la culture et avec le tourisme ou avec les foires et salons, nous avons plaidé tous ensemble pour que les acteurs soient le moins pénalisés possibles et que l’on puisse trouver des solutions de compensation ou d’aide adéquate à chacun. Les acteurs de la culture se sont réunis avec Bercy cette semaine. Nous nous réunirons avec les nôtres mardi prochain avec Bercy afin d’ajuster au mieux. Bien sûr c’est frustrant pour le grand public de ne pas pouvoir faire comme d’habitude mais je pense qu’il y a des choses plus frustrantes en ce moment que ne de pas pouvoir aller au stade.

On doit tous avoir des efforts. Ce qui prime aujourd’hui, c’est que le personnel médical puisse faire son travail et qu’il y ait le moins possible de personnes avec des cas graves dus au Covid-19. Il faut comprendre l’importance de la vaccination et de la trajectoire vaccinale. Il faut une nécessaire force de conviction et d’explication pour les personnes aujourd’hui qui ne sont pas vaccinées. Je crois qu’on loupe collectivement l'explication du texte à des personnes qui aujourd'hui ne bénéficient pas de fait d'une vie sociale, avant même la crise Covid, et sur lesquels les privations que l'on tente de faire par le sport ou la culture n'ont aucun impact sur eux car de toute façon ils n'y allaient pas ou n'y avaient pas accès. C'est souvent ces personnes qui ne sont pas vaccinées et donc sont le plus en danger.

Eprouvez-vous une crainte pour les JO d'hiver à Pékin?

Pas tellement la situation en Chine mais on voit la situation partout. C'est vrai que le CIO a déjà manifesté son inquiétude par rapport aux sportifs qui doivent faire de plus en plus attention pour ne pas mettre en péril leur participationaux Jeux. A tout moment, tout le monde peut être affecté. Si cela tombe au mauvais moment, au moment de partir, de rentrer sur le territoire ou de s'aligner sur sa course.

On sait qu'à Tokyo c'était la plus grande crainte de nos sportifs. On espère que la Chine fera le nécessaire pour les aider à accéder au pays et aux épreuves dans les meilleures conditions et de manière à ce qu'ils puissent s'aligner. Si les sportifs continuent de s'entraîner et de prendre part à des compétitions aujourd'hui, qu'ils puissent vivre leur rêve olympique jusqu'au bout.

Fallait-il continuer le Dakar selon vous (après l'explosion d'un véhicule avant la course, ndlr)?

Ce que Jean-Yves Le Drian a évoqué ce vendredi ce matin, c’est effectivement le fait que l’hypothèse d’un attentat est probable. C’est pourquoi le parquet antiterroriste s’est saisi de la situation. Le Quai d’Orsay a demandé aux organisateurs et aux autorités saoudiennes de soit retarder le départ de la course ou décaler cette course ou bien renforcer les conditions de sécurité.

Article original publié sur BFMTV.com

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