Japon: dix ans après l'accident nucléaire, Fukushima peine encore à se relever

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À Fukushima, au nord du Japon, le tremblement de terre puis le tsunami qui avait suivi avaient démoli partiellement ou totalement plus de 100 000 habitations, le 11 mars 2011. Dix ans plus tard, neuf chantiers publics de reconstruction sur dix ont été menés à bien. Pour autant, le redécollage de la région se fait attendre. Et l'inquiétude grandit dans la région de Fukushima, car le gouvernement est en passe d'autoriser le rejet dans l'océan Pacifique d'un million de tonnes d'eaux provenant de la centrale nucléaire.

Avec notre correspondant à Tokyo, Bruno Duval

Le gouverneur de Fukushima, Masao Uchibori, se dit satisfait des progrès accomplis en dix ans dans la reconstruction de sa région. « Seulement 2% de notre territoire est toujours inhabitable en raison du taux de radiation trop élevé, six fois moins qu'en 2011. Partout ailleurs, le taux de radiation est revenu à la normale, déclare-t-il. Malgré tout, un quart des 160 000 habitants qui avaient dû fuir la région après la catastrophe n'y sont toujours pas revenus. Globalement, notre population diminue année après année. Donner l'envie d'habiter à Fukushima : c'est vraiment notre défi majeur ».

Beaucoup d'anciens habitants ne reviennent pas, car ils ne croient pas au taux de radiation peu élevé dont se félicitent les autorités. Cette méfiance nuit aussi aux agriculteurs de la région, ce qui irrite le ministre de la Reconstruction, Katsuei Hirasawa, qui affirme : « Quinze pays limitent ou interdisent toujours l'importation des produits agricoles de Fukushima par crainte qu'ils soient contaminés. Cette discrimination infondée est insupportable. Je l'ai d'ailleurs dit très fermement au ministre chinois des Affaires étrangères lors de sa dernière venue à Tokyo ».

La Corée du Sud, comme la Chine, est sur ses gardes. Séoul a d'ailleurs critiqué le fait que, cet été, aux Jeux olympiques de Tokyo, des produits agricoles de Fukushima seront servis aux athlètes qui séjourneront au village olympique.

Le projet de rejet dans l'océan d'eau de la centrale suscite l'inquiétude

Par ailleurs, l'inquiétude grandit dans la région de Fukushima, car le gouvernement est en passe d'autoriser le rejet dans l'océan Pacifique d'un million de tonnes d'eau, l'équivalent de 500 piscines olympiques, provenant de la centrale nucléaire qui a été dévastée par le tsunami il y dix ans. Ces eaux ont été traitées, mais contiennent toujours du tritium et du carbone 14.

Dès lors, selon Yumiko Hata, du ministère de l'Énergie, leur rejet en mer ne poserait pas le moindre problème. « Le niveau de tritium n'augmenterait que dans une zone de 2 kilomètres autour de la centrale, mais il resterait parfaitement conforme aux normes internationales, explique-t-elle. Partout ailleurs, il n'atteindrait que 10 becquerels, la teneur en tritium que l'Organisation mondiale de la Santé autorise dans l'eau minérale ».

Mais d'après tous les sondages, les Japonais sont très hostiles à ce projet. « Les autorités nous disent que ce sera sans danger pour l'environnement ou la santé, déclare un Tokyoïte. Mais peut-on vraiment les croire? En 2011, elles avaient minimisé la gravité de l'accident nucléaire ». « Il y a deux ans, le Japon avait choqué le monde entier en autorisant qu'on chasse les baleines à des fins commerciales, renchérit une femme. Voilà maintenant qu'il s'apprête à polluer l'océan. Ce manque de respect pour l'écosystème marin est absolument effarant ».

Les pêcheurs de Fukushima refusent catégoriquement que l'on déverse dans la mer ces eaux provenant de la centrale nucléaire. Car ils n'en doutent pas : cela rendrait leurs poissons absolument invendables. Les consommateurs ne voudront pas risquer de se retrouver avec du tritium ou du carbone 14 dans leur assiette.

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