Pour James Cameron, tout a commencé avec un crayon

Le réalisateur canadien James Cameron, le 3 avril 2024 à Paris, avant une exposition que lui consacre la Cinémathèque française (JOEL SAGET)
Le réalisateur canadien James Cameron, le 3 avril 2024 à Paris, avant une exposition que lui consacre la Cinémathèque française (JOEL SAGET)

A l'occasion d'une exposition que lui consacre la Cinémathèque française à Paris, jusqu'au 5 janvier, le réalisateur James Cameron ("Titanic", "Avatar"...) raconte à l'AFP comment tout a commencé: avec un papier et un crayon.

Le cinéaste de tous les records se souvient de ses dessins d'enfance, évoque Hollywood à l'heure de l'intelligence artificielle et le troisième "Avatar", qu'il peaufine en Nouvelle-Zélande.

Question : Quelle importance avait le dessin dans votre enfance ?

Réponse : "Le dessin était tout pour moi. C'est la façon dont je traitais le monde. Je lisais, je regardais des films, j'écoutais toutes les histoires et je devais en raconter ma version. Je me souviens distinctement tout petit être allé voir +L'île mystérieuse+. J'étais émerveillée par les créatures, le crabe géant et tout. (...) J'en ai dessiné ma propre version avec mes propres animaux. J'ai compris que j'avais besoin de traiter les choses et d'en produire ma propre version."

Q : Les enfants grandissent dans un monde où la technologie est omniprésente. Pensez-vous qu'ils devraient retourner au bon vieux crayon ?

R : "Je ne pense pas qu'on puisse revenir en arrière, mais je pense qu'il est important que les gens se débranchent de temps en temps (...). Passer du temps dans la nature, du temps avec soi-même.

Si vous êtes constamment bombardé par la créativité des autres, avec des films, des jeux, un flot continu de médias, je pense que vous aurez tendance à stagner. (...) Ce n’est inspirant que si vous prenez le temps d’en faire quelque chose.

Le dessin est en train de devenir un art perdu. Même les artistes qui travaillent avec moi ne prennent généralement plus de crayon. Ils me considèrent comme un dinosaure parce que je leur dessine quelque chose !"

Q : Vous n'avez pas peur que des producteurs de cinéma se disent qu'une intelligence artificielle (IA) fera désormais l'affaire ?

R : "En vérité, la plupart des producteurs ou des décideurs des studios ne savent pas ce qui peut faire l'affaire ! (...) Si l'IA générative peut examiner chaque scénario qui a jamais été écrit, regarder chaque film réalisé, et écrire un scénario à partir de ça, ils pourront le tourner et le sortir. (...)

"Maintenant, revenez dans un siècle. S'il s'agit d'une IA qui se fonde sur le travail d'une autre IA, alors ça va juste stagner. Et ça n'arrivera peut-être pas dans un siècle, mais dans dix ans. (...)

"Je ne serais pas surpris du tout si quelqu'un faisait faire un scénario à un programme d'IA. Est-ce que ce serait bien ou est-ce que ce serait juste très stéréotypé ? Le public se rend compte quand quelque chose est fait comme une recette, une moyenne de tout ce qu'ils ont déjà vu. Le public veut toujours quelque chose de nouveau et d'unique. (...) Donc je pense qu'on est très loin de devoir s'inquiéter. Hollywood peut-il faire encore plus de conneries de cette façon ? Oui, probablement !"

Q : Vous êtes en train de boucler le troisième "Avatar", une fable écologique, alors que la situation de la planète continue de s'aggraver. Est-ce que cela vous influence ?

R : "Ça continue de s'aggraver. Et c'est une question qui devient de plus en plus importante à mesure que l'histoire avance. Dans le 3e +Avatar+, nous sommes dans un état de transition (à propos du) combat pour la survie de la Terre et de Pandora, nous explorons d'autres cultures de la planète, et nous renforçons une histoire de méchant, en quelque sorte. (...) Ce que je peux promettre, c'est que nous ne ferons pas à quoi vous vous attendez. Si vous avez envie davantage (de scènes) sous l'eau, ce ne sera pas ça. Mais il y aura plein d'autres choses sympas.

Le grand défi pour notre survie en tant qu'espèce, c'est que nous devons changer notre façon de vivre, d'exister. C'est ce qu'il y a de plus dur pour les gens. Plus ils entendent de voix, plus ils sont inspirés par la nature, par la beauté du monde, par notre lien empathique les uns avec les autres, plus cela fait son chemin dans leur esprit, et plus il est probable que cela se passe (...) On ne peut pas attendre qu'un changement aussi profond se produise grâce à un seul film. Il faut un choeur de voix."

fbe/may/cbn