"Mes jambes étaient gelées": amputé des deux pieds après avoir traversé les Alpes, Mamadou témoigne

Cyrielle Cabot
·2 min de lecture
Des migrants montent le col de l'Echelle (Alpes) pour passer la frontière entre l'Italie et la France, le 13 janvier 2018  - PIERO CRUCIATTI / AFP
Des migrants montent le col de l'Echelle (Alpes) pour passer la frontière entre l'Italie et la France, le 13 janvier 2018 - PIERO CRUCIATTI / AFP

Se balader à pied autour de chez lui est devenu une habitude. Pourtant, il y a cinq ans, Mamadou doutait de pouvoir un jour remarcher. En 2016, le jeune homme d'origine malienne quitte son pays et tente de traverser les Alpes pour rejoindre la France. Pris dans une tempête de neige, il arrive à Briançon, dans les Hautes-Alpes, souffrant de graves engelures et doit être amputé des deux pieds. Après des mois de rééducation, le jeune homme a réussi à trouver un travail et se sent aujourd'hui pleinement intégré.

En mars 2016, Mamadou est alors âgé de 27 ans. Il se trouve en Italie, un titre de séjour provisoire en poche. Avec un jeune Guinéen de 17 ans, il décide de franchir les Alpes pour rejoindre la France. Les deux jeunes sont cependant bloqués à la frontière par les forces de l'ordre. Ils décident alors de passer illégalement par le Col de l'Échelle, une zone de haute montagne, enneigée à cette période de l'année.

"Mes jambes étaient gelées"

"On montait encore et encore la montagne", se souvient Mamadou. Dans la soirée, les conditions météorologiques se dégradent et une tempête de neige s'amorce. "On est tombés dans une crevasse alors que la nuit tombait."

"Cela a été tellement difficile...", témoigne-t-il. "Mes jambes étaient gelées, des pieds aux genoux. Je ne les sentais plus, elles étaient comme des cailloux."

Au petit matin, le jeune Guinéen est trop affaibli pour continuer à avancer. Mamadou poursuit sa route, seul avant de s'effondrer à quelques kilomètres de Briançon. "J'ai continué, j'ai forcé jusqu'à la descente de la montagne vers la France." C'est une randonneuse qui le trouve sur le chemin et lui porte secours.

Mamadou se réveillera le lendemain, amputé des deux pieds. "Je me disais que c'était complètement fini pour moi, que ma vie était terminée...", se remémore-t-il.

Alerter sur la souffrance des migrants

Cinq ans plus tard, Mamadou a fondé une famille et trouvé un travail. La randonneuse qui l'avait trouvé sur ce sentier est devenue une de ses amies. "On se voit souvent pour partager des repas. On fait énormément de choses ensemble."

Désormais, il souhaite alerter sur la souffrance des migrants. "Pourquoi nous venons?", questionne-t-il. Et de répondre: "Ce n'est pas pour le plaisir. Nos situations dans nos pays sont invivables. C'est de la souffrance."

Article original publié sur BFMTV.com