"J'ai peur qu'il passe à l'acte": le témoignage d'un enseignant menacé de mort par un parent d'élève

En octobre, un parent d'élève a menacé un enseignant d'un lycée du Grand-Quevilly, en Seine-Maritime, de lui "décrocher la tête". Le professeur souhaite depuis changer d'établissement.

Il ne veut plus retourner enseigner dans ce lycée. Le 20 octobre dernier, un enseignant de mathématiques du lycée Val-de-Seine, au Grand-Quevilly, en Seine-Maritime, a été menacé de mort par un parent d'élève.

Les faits se sont déroulés lors d'une rencontre parents-professeurs, raconte l'enseignant à BFMTV.

"Il m'a dit: 'Vous continuez comme ça avec ma fille et je vous décroche la tête'"

"Un monsieur est arrivé, costaud. Il se penche sur moi, il me dit 'c'est vous le professeur de mathématiques? Vous avez quelque chose contre ma fille?'", relate-t-il.

"Il commence à hausser la voix en disant que je traite sa fille comme une 'merde'", poursuit le professeur. Un de ses collègues se lève alors et demande à l'homme de se calmer.

"Juste avant de partir, il m'a dit: 'Vous continuez comme ça avec ma fille et je vous décroche la tête'. Il a répété ça deux fois, en me pointant du doigt et en hurlant", raconte l'enseignant, qui a "peur qu'il passe à l'acte". Il a porté plainte contre le parent d'élève le lendemain.

"Je regarde autour de moi quand je fais mes courses"

Selon les informations de RMC, le père de la lycéenne reproche au professeur de mathématiques d’avoir placé sa fille au fond de la classe, où elle ne peut pas suivre les cours. Elle souffre de dyslexie, de dysphrasie et de dyscalculie. L’enseignant a expliqué aux policiers qu’il n’avait pas connaissance des troubles de l’adolescente et qu'il place ses élèves dans l’ordre alphabétique. Le parent d’élève avait prévenu le proviseur et depuis, a-t-il assuré aux enquêteurs, l’élève a rejoint les premiers rangs.

Le mis en cause a été interpellé et placé en garde à vue. Selon RMC, il sera jugé en mars 2023 pour menaces de mort devant le tribunal correctionnel de Rouen. En attendant, il a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact avec le plaignant.

Ce dernier reste toutefois effrayé et a demandé à changer d'établissement.

"Je commence à regarder autour de moi quand je fais mes courses par exemple. Je n'ai jamais eu de problème avec des parents, je trouve ça injuste", dit-il à BFMTV.

"Apaiser le climat scolaire"

Il a reçu le soutien de ses collègues, qui ont retardé de quelques heures la rentrée de lundi pour tenir une réunion de crise, selon France 3 et Paris Normandie. Claire-Marie Feret, co-secrétaire académique du syndicat Snes-FSU, a condamné ce mercredi sur BFM Normandie "toute agression verbale ou physique" à l'égard d'un enseignant.

"L'administration a du mal à protéger les collègues dans l'exercice de leurs fonctions et les conditions d'enseignement ont tendance à se dégrader", dénonce-t-elle.

"Il faut apaiser le climat scolaire, redonner aux collègues les moyens d'enseigner, aux élèves les moyens d'apprendre, en étant dans des groupes à effectifs réduits", préconise l'enseignante.

Article original publié sur BFMTV.com

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