"J'ai pété un câble": pour la première fois, Jonathann Daval reconnaît avoir voulu tuer sa femme

Justine Chevalier
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Siegfried Mahé a dessiné la reconstitution du meurtre diffusée à l'audience. - Siegfried Mahé
Siegfried Mahé a dessiné la reconstitution du meurtre diffusée à l'audience. - Siegfried Mahé

Seul debout dans le box des accusés, Jonathann Daval se tient face au président de la cour d'assises de Haute-Saône et répond à toutes ses questions. D'une voix claire, il porte le même pull gris que la veille, lui qui a passé la nuit à l'hôpital de Vesoul après avoir fait un malaise la veille en plein interrogatoire.

"Je me sens mieux qu'hier (mercredi, NDLR), pour le moment", dit d'ailleurs l'accusé au tout début de son audition.

Son interrogatoire n'aura rien à voir avec celui de la veille. Certes Jonathann Daval s'exprime avec des phrases courtes, mais répond à toutes les relances que lui fait Matthieu Husson, le président de cette cour d'assises. Il l'avait prévenu dès le début, ses questions porteraient principalement sur son passage à l'acte. Le fameux "pourquoi" tant réclamé par la famille Fouillot depuis le début de ce procès.

Des relations "dégradées"

Jonathann Daval prend alors la parole pour raconter pendant deux heures ce 27 octobre 2017 lorsqu'il rentre avec Alexia à leur domicile de Gray-la-Ville, après une soirée raclette chez ses beaux-parents. Il raconte avoir bu un digestif "pour retarder l'heure du coucher". Il raconte encore sa femme venant lui demander une relation sexuelle, qu'il refuse pour éviter "une nouvelle humiliation" car il sait qu'il ne pourra y arriver.

Les relations du couple se sont "beaucoup dégradées" depuis leur mariage en 2015. Les disputes sont régulières, comme les reproches dit-il, expliquant les avoirs encaisser à chaque fois. Il décrit Alexia comme dominatrice, violente: "Les coups, ça arrivait mais la plupart du temps, c’était de la violence verbale, poursuit-il. Il y avait des coups qui parfois me faisaient mal, des coups de pied, des coups de genou même la nuit quand je l’empêchais de dormir. Donc des fois, je faisais aussi chambre à part."

"C’était déjà arrivé plusieurs fois et je me réfugiais chez ma sœur qui habite la même rue", poursuit-il.

Assise sur son banc, la famille Fouillot fait non de la tête à l'évocation de la violence supposée d'Alexia.

"Je lui ai donné la mort"

Alors ce soir du 27 octobre 2017, Jonathann Daval dit avoir voulu éviter une nouvelle dispute. Il prend les clés de voiture, Alexia tente de les lui reprendre. Elle lui "fait des reproches".

"C'était dur", dit-il.

La bousculade les amène jusqu'à l'escalier conduisant au garage. Les insultes se poursuivent, Jonathann Daval dit avoir plaqué violemment sa femme contre le mur. Pour se défendre, elle le mord. L'accusé explique alors avoir ressenti "une douleur physique et psychique".

"La morsure m’a mis hors de moi (...) J’ai pété un câble, ça m’a mis hors de moi!", confie Jonathann Daval.

Empruntant les mots des experts, Jonathann Daval parle alors d'"effet cocotte-minute". Il la frappe au visage avec ses poings. "J’avais jamais donné de coups à qui que ce soit", assure-t-il, évoquant "la colère" ressentie, celle qu'il dit avoir accumulée "toutes ces années". "D'où l'étranglement, pour qu'elle se taise", poursuit-il le souffle court.

"C'est la mort que vous vouliez?", lui demande le président.

"Quoi qu’il en soit, je lui ai donné la mort, oui, quand on étrangle quelqu'un comme ça, c'est pour donner la mort", a-t-il répondu au président de la cour Matthieu Husson.

"Ce n'était pas le bon choix"

Jonathann Daval dit avoir relâché le cou de sa femme Alexia lorsqu'elle s'est affaissée. Les experts ont estimé que la strangulation avait duré 4-5 minutes. Pour la première fois, l'accusé reconnaît avoir eu l'intention de tuer son épouse, lui qui avait évoqué jusqu'alors un accident.

"Oui je ne voulais pas l’admettre", répond-il au président qui l'interroge sur ce point.

Le récit qu'il va faire de la nuit qui a suivi le meurtre est tout aussi circonstancié. Jonathann Daval dit avoir mis le corps de sa femme, recouvert d'un drap, dans son véhicule garé à l'extérieur pour "le cacher et ne pas le voir dans l'escalier". "Ce n'était pas le bon choix", reconnaît-il alors, avant de détailler ses allers et venues au véhicule pour "vérifier si elle allait se réveiller ou pas". Puis enfin, le scénario macabre pour dissimuler son crime.

"Quand on fait ça, c'est pour ne pas se faire arrêter", admet l'accusé face aux questions du président.

Daval décrit la crémation du corps

Finalement, Jonathann Daval va revenir sur la partie de son crime qu'il a tant eu de mal à admettre. Il raconte avoir pris dans son garage une bombe inflammable puis d'avoir roulé jusqu'au bois d'Esmoulins. Il a déposé le corps, l'a recouvert de branches puis aspergé de manière aléatoire, assure-t-il alors interrogé sur le fait que la tête, les pieds et les parties génitales étaient davantage carbonisés. Est-il resté après avoir allumé le feu?

"Non aussitôt que le feu a pris, je suis parti... C'est dégueulasse", conclut-il avant de se mettre à pleurer.

La première fois depuis le début de son interrogatoire.

>> Daval, la série: les quatre épisodes de la série documentaire événement de BFMTV sont disponibles en replay et en version podcast.

Article original publié sur BFMTV.com