"J’ai tout perdu ce jour-là": un an après, la douleur de l'épouse du chauffeur tué à Bayonne

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Une marche blanche en soutien à Philippe Monguillot a été organisée le 8 juillet 2020. (PHOTO D'ILLUSTRATION) - GAIZKA IROZ
Une marche blanche en soutien à Philippe Monguillot a été organisée le 8 juillet 2020. (PHOTO D'ILLUSTRATION) - GAIZKA IROZ

Le 5 juillet 2020, vers 19 heures, Philippe Monguillot, chauffeur de bus à Bayonne, était victime d’un passage à tabac par des usagers lors d’un contrôle de titre de transport. En état de mort cérébrale, il mourait cinq jours plus tard à l'hôpital, suscitant une importante vague d'émotion à travers le pays. Un an après, sa femme et ses filles tentent de se reconstruire dans la douleur de son absence. Alors que l’instruction est bientôt close, elles appellent, dans les colonnes du Parisien, à une "justice exemplaire."

"Il a été tabassé au sol comme un ballon de foot"

Ce jour-là, l'altercation a démarré à l'intérieur de la rame lors d’un contrôle de titre de transport et de port du masque. La situation dégénère après que le chauffeur de bus a asséné un coup de tête à l'un des agresseurs. Hors du bus, l’homme de 59 ans est roué de coups, un ultime coup de poing le faisant tomber au sol. Cette chute a causé une fracture du crâne et une hémorragie, le tuant quelques jours plus tard.

"Il a été tabassé au sol comme un ballon de foot… Ses fonctions vitales étaient détruites, il ne serait jamais sorti du coma. J’ai respecté ses dernières volontés. Philippe est parti tranquillement le 10 juillet, à 17h23", se remémore douloureusement auprès de nos confrères son épouse, Véronique Monguillot.

Depuis cette date, sa vie, et celle de ses trois filles, a basculé. "J’ai tout perdu ce jour-là. Ma vie de femme est terminée. (...) C’était mon époux, c’est mon époux, ce sera mon époux.” Elle se souvient des obsèques, des marches blanches en sa mémoire, des déplacements à Bayonne de Gérald Darmanin et Marlène Schiappa à l’époque. "Du blabla", balaye-t-elle.

Vague de soutien populaire

A l’inverse, l’épouse de la victime peut s’appuyer sur la vague de soutien populaire qu’elle a reçue à l’époque, et qu’elle reçoit encore aujourd’hui dans son combat pour améliorer la sécurité des chauffeurs de bus. Véronique Monguillot a créé une association, du nom de son mari "pour que les choses avancent et qu'ils puissent aller au travail sans avoir un nœud au ventre. Parce que je sais qu'aujourd'hui, il y en a beaucoup qui vont au travail à reculons", expliquait-elle alors à France 3 Pyrénées-Atlantique.

Elle affirme avoir promis à son époux de mener ce combat, pour lui, ce travailleur acharné, qui n’avait jamais pris de vacances afin de subvenir aux besoins de sa femme et ses trois filles. Philippe Monguillot a été tué un an avant sa retraite, alors qu’il rêvait de voyage en camping-car. Des moments de vie arrachés, laissant un vide difficile à supporter. Lorsque la peine est trop forte, Véronique Monguillot se rend dans une forêt dans laquelle elle avait l’habitude de se balader avec son époux:

"Quand ça devient trop insupportable, je prends ma voiture et je pars hurler là-bas. Ça me soulage beaucoup, mais ça ne me guérit pas."

Vers un procès en 2022?

Début juillet, les enquêteurs ont procédé à la reconstitution de la scène de crime, ultime étape avant de clore l’instruction. Pendant cinq heures, les quatre mis en cause ont reproduit leurs faits et gestes qui ont conduit à la mort de Philippe Monguillot.

Deux d’entre eux, auteurs principaux des coups, âgés de 22 et 23 ans sont poursuivis pour "homicide volontaire" et détenus depuis un an. Les deux autres, poursuivis pour non-assistance à personne en danger, étaient sous contrôle judiciaire depuis novembre mais l'un d'eux a depuis été à nouveau incarcéré pour une autre affaire de violences.

Le procès pourrait se tenir en 2022. Une étape importante pour la famille du chauffeur, mais qui ne suffira pas à apaiser la profonde tristesse dans laquelle vivent maintenant ses "quatre nanas". Ce jour-là, "on nous a arraché notre bonheur", souffle Véronique Monguillot.

Article original publié sur BFMTV.com

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