"J’avais l’impression de mourir": accusé à tort de pédophilie, un instituteur raconte "5 années d'enfer"

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Eric Peclet a bénéficié d'un non-lieu général (photo d'illustration). - Franck Fife, AFP/Archives
Eric Peclet a bénéficié d'un non-lieu général (photo d'illustration). - Franck Fife, AFP/Archives

"J’arrive au bout de ces cinq années d’enfer." Un temps suspecté d'avoir violé une fillette de 4 ans, Eric Peclet a été blanchi par la justice dans le cadre d'un non-lieu général, près de cinq ans après les faits. Une décision qui n'efface pas pour autant les cinq mois passés en détention provisoire, les années sous le statut de témoin assisté, et la douleur - pour lui comme pour ses proches - d'avoir été accusé à tort.

"Ça a été très dur pour ma famille", confie l'ancien instituteur au Parisien. "La justice a mis ma vie par terre."

En novembre 2016, une élève de la classe de maternelle dans laquelle il effectue un remplacement raconte avoir été victime d'attouchements et le désigne comme responsable. Eric Peclet, alors marié et père de famille, est rapidement écroué.

Une enquête "à charge"

Quelques mois plus tard, un élément vient affaiblir l'accusation: une infime tache de sperme est retrouvée dans la culotte de la petite victime. Les analyses ADN la relient à un membre de la lignée paternelle. L'oncle, le grand-père et le père de l'enfant sont placés un temps en garde à vue mais jamais mis en examen.

"J’ai assisté au traitement très différent de deux cas. Dans mon cas, tout a été à charge dans les premiers mois. Dans le cas de la famille de la petite, le doute a été immédiatement permis alors qu’il y a un faisceau d’éléments concordants, dont une preuve scientifique très claire", détaille Eric Peclet.

Mais la possibilité d'un transfert d'ADN sur le vêtement dans la panière de linge sale n'a jamais pu être exclue par les experts, compliquant la mise en cause d'un parent de la fillette. Si cette évolution a permis d'innocenter l'ancien professeur des écoles, l'enquête demeure irrésolue.

"Il n’y a pas de coupable. Il y a quelques années, je me disais qu’endurer tout ça n’était pas vain, que ce serait au moins l’occasion d’identifier qu’une enfant était violentée et qu’il était possible de la protéger. Finalement, j’arrive au bout de ces cinq années d’enfer avec un goût amer, en me disant 'tout ça pour rien'," déplore Eric Peclet, exprimant un "sentiment de désillusion envers l’institution judiciaire".

"Hors de question de remettre les pieds dans une classe"

Lavé de tout soupçon, il ne peut totalement tourner la page sur cette affaire et préfère tirer un trait sur sa carrière d'instituteur: "Je serais incapable de reprendre sereinement mon ancienne vie alors que j’ai failli passer des années en prison pour un crime que je n’ai pas commis."

"Il est hors de question que je remette les pieds dans une classe. J’aurais trop peur que ça recommence", appréhende celui qui travaille désormais dans le numérique éducatif.

Une précaution qu'il juge d'autant plus nécessaire que l'affaire pourrait ne pas en rester là: une association de protection de l'enfance, qui s'était portée partie civile, a manifesté son intention de faire appel. "À mon avis, si l’appel aboutit, l’affaire traînera encore sans mener à un résultat, comme ces cinq dernières années. Mais je pense qu’il faut tout de même aller au bout de la bataille", conclut Eric Peclet.

Article original publié sur BFMTV.com

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