J’aimerais être Raphaël Enthoven pour qu’on arrête de l’emmerder

Rachel Khan

"J'aimerais être Raphaël Enthoven pour qu'on arrête de l'emmerder".

C'est avec malice que je postais en septembre dernier ce clin d'oeil sur Facebook, suite à une interview du professeur de philosophie dans Le Point. Son titre calibré pour le buzz: "J'aimerais être une femme noire pour qu'on arrête de m'emmerder", sorti du contexte de la démonstration faite de son auteur, a été modifié depuis.

"Certains sont coupables pour ce qu'ils sont et d'autres innocents quoi qu'ils fassent", écrit merveilleusement Delphine Horvilleur dans son dernier ouvrage "Réflexions sur la question antisémite".

C'est ainsi.

Tout professeur de philosophie qu'il est, c'est un "homme blanc" parfait, aux privilèges certains, donc coupable.

À front inversé, la couleur de ma peau, mon genre, mes origines m'octroient une immunité absolue en tant que "victime". Or, le prix à payer à mon innocence, le montant de ma caution, si j'ose dire, est de savoir me fondre dans une parole collective au risque d'affaiblir "le combat".

Ma liberté est donc conditionnelle puisque soumise à une image, celle de la "noire" ou de la "femme" dont la voix doit se plier aux coups de fouet des discours victimaires du groupe minoritaire, sous peine de trahison avec l'ennemi.

"Certains sont coupables pour ce qu'ils sont et d'autres innocents quoi qu'ils fassent" écrit merveilleusement Delphine Horvilleur.

D'humeur française, rien de mieux pour provoquer la soif d'indépendance, d'affranchissement, ma liberté de penser et d'aller ouvrir des livres comme on ouvre les portes des cellules identitaires, qui n'ont comme mince profession que celle de jouer les revendications d'une couleur ou d'un sexe.

Alors, forte d'une boîte de chocolat, me voici face aux 463 pages des "Nouvelles morales provisoires" de celui que je (nous) ne suis définitivement pas.

Diable! Chapitre après chapitre, c'est à mon grand désespoir que je me surprends à rire, à me révolter, à me souvenir, à réfléchir même... Trop tard, me voici intégralement plongée dans...

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