Jérusalem: des heurts lors des obsèques de la journaliste d'Al Jazeera Shireen Abu Akleh

Après la cérémonie officielle hier jeudi à Ramallah, des milliers de personnes ont dit adieu à Shireen Abu Akleh, la journaliste palestino-américaine tuée à Jénine mercredi 11 mai, lors de ses obsèques vendredi 13 mai à Jérusalem-est. Des heurts ont éclaté entre la police israélienne, qui avait renforcé les mesures de sécurité, et la foule de Palestiniens qui y assistaient, dans une ambiance de tension extrême.

Jérusalem-Est était en deuil pour accompagner Shireen Abu Akleh à sa dernière demeure, le petit cimetière chrétien du Mont-Sion. Peu avant, une messe a été dite en sa mémoire dans une église syriaque de la vieille ville de Jérusalem.

« Par l’esprit, par le sang nous te vengerons Shireen », scandaient des participants aux obsèques de la journaliste vedette d’Al Jazeera, arborant des drapeaux palestiniens, rapporte notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.

Parmi les plus jeunes, nombreux sont ceux qui ont grandi avec l’icône de la télévision qui était Shireen Abu Akleh : « Nous la regardions à la télé quand nous étions tout petits, nous l’appréciions en tant que palestinienne et en tant que femme, dit la jeune Baylasan. Oui, nous sommes en colère. Plus qu’en colère. »

Beaucoup de larmes étaient également versées. Nadine est venue tout spécialement à Jérusalem pour assister aux obsèques de la journaliste : « Je suis très très triste, dit-elle en français. Je viens ici à Jérusalem pour être ici, pour être avec tout le monde, et c’est très triste. »

Charges policières sans raison apparente

À plusieurs reprises, sans raison apparente, la police charge à coups de matraques le cortège.

Des heurts ont alors opposé la police israélienne à des Palestiniens qui participaient aux obsèques. Les forces de sécurité, qui faisaient face à des dizaines de manifestants brandissant des drapeaux palestiniens et entonnant des chants nationalistes dans l'enceinte de l'hôpital Saint-Joseph, à Jérusalem-Est, ont chargé au début du cortège funèbre, selon l'AFP et des images des médias locaux.

Des violences ont éclaté dès la sortie du cercueil de la journaliste de l'hôpital, la police israélienne dispersant une foule brandissant des drapeaux palestiniens. Des images retransmises par des télévisions locales montrent le cercueil manquer de tomber au sol.

La police israélienne a affirmé que des participants à la procession, qu'elle a présentés comme des émeutiers, avaient commencé à jeter des pierres. « Les policiers ont été contraints d'agir », a-t-elle déclaré.

Bahey Yakoubian, un habitant du quartier arménien, a accusé : « C’est clairement un assassinat. Elle était une femme très courageuse, elle était partout et ils l’ont tuée, ils l’ont assassinée. »

Hanan, elle, arborait une photo de la journaliste : « Elle n’est pas morte, nous sommes tous Shireen. Nous ne l’oublierons pas, elle est dans nos cœurs, nous sommes tous Shireen. »

À lire aussi : Journaliste d'Al Jazeera tuée à Jénine: Israël demande un examen de la balle, les pays arabes une enquête indépendante

Des rues combles, où Shireen Abu Akleh avait grandi

Quelques minutes plus tard, le cercueil de Shireen Abu Akleh a été placé dans un véhicule qui s'est dirigé vers la cathédrale de l'Annonciation de la Vierge, comble, dans la vieille ville fortifiée de Jérusalem, où la cérémonie s'est déroulée dans le calme.

Les ruelles du quartier chrétien à ses abords débordaient de badauds venus participer aux obsèques de la reporter américano-palestinienne de 51 ans, à travers les rues de la Vieille Ville, où elle avait grandi.

Au rythme des cornemuses, la foule a accompagné le cercueil jusqu’au cimetière du Mont Sion, dans la ville qu’elle aimait tant.

Elle était connue et aimée par tous les Palestiniens, affirme une habitante de la partie orientale de la ville, secteur palestinien de la ville occupé et annexé par Israël. Un hommage lui a déjà été rendu jeudi, en présence du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à la Mouqata'a, le palais présidentiel palestinien, en présence de milliers de personnes.

Beaucoup de journalistes aussi étaient présents à la fois vendredi pour couvrir cet événement au retentissement mondial, mais également pour rendre un dernier hommage à une consœur.

Un soldat israélien mort et 13 Palestiniens blessés à Jénine

Le dispositif policier a été renforcé, dû à la tension palpable et ce au-delà de Jérusalem. Dans la région de Jénine en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967 et où Shireen Abu Akleh a été tuée, des heurts ont éclaté lors d'une nouvelle opération de l'armée israélienne : un soldat israélien a été tué alors que 13 Palestiniens ont été blessés, selon des sources officielles.

Car le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, faisait l'objet d'une nouvelle opération des forces spéciales israéliennes a pour tenter d'appréhender des Palestiniens recherchés. Une maison a également été pilonnée.

L'armée israélienne a également indiqué vendredi qu'il n'était pas possible de déterminer dans l'immédiat l'origine du tir ayant tué mercredi la journaliste palestinienne-américaine d'Al Jazeera, d'après les résultats préliminaires de son enquête.

« La conclusion du rapport préliminaire est qu'il n'est pas possible de déterminer la source du tir qui a touché et tué la reporter », a déclaré l'armée dans un communiqué, notant qu'il pouvait être d'origine palestinienne ou israélienne.

« Scènes choquantes »

La représentation française à Jérusalem a qualifié de « profondément choquantes » les « violences policières » à l'hôpital Saint-Joseph.

« Consternation face aux violences policières lors des funérailles de Shireen Abu Akleh à l'hôpital St Joseph, établissement sous protection française. De telles scènes sont profondément choquantes », écrit sur son compte Twitter le ministère français des Affaires étrangères.

L'Union européenne s'est dite « consternée par le niveau de force inutile exercée par la police israélienne tout au long du cortège funèbre ». « Un comportement aussi disproportionné ne fait qu'alimenter les tensions ».

« Les forces d'occupation ne se sont pas contentées de tuer Shireen (...) mais elles ont terrorisé ceux qui l'ont accompagnée vers sa dernière demeure », a affirmé un communiqué du ministère qatari des Affaires étrangères.

Les États-Unis ont également réagi en fin de journée vendredi. La Maison Blanche s'est dite « profondément troublée » par les images des obsèques de la journaliste palestino-américaine Shireen Abu Akleh, marquées par une charge de la police israélienne au départ du cortège funèbre.

« Nous avons tous vu ces images, elles sont profondément troublantes », a déclaré la porte-parole Jen Psaki. « Nous déplorons l'intrusion dans ce qui aurait dû être une procession dans le calme », a-t-elle ajouté.

À écouter aussi : Israël est «un pays qui s’affranchit du respect des règles de droit»

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles