"It's a Sin": l'émouvante série britannique sur l'épidémie de sida débarque sur Canal+

Benjamin Pierret
·5 min de lecture
Les acteurs de
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Elle est saluée comme la première grande série de 2021. It's a Sin, série britannique qui suit un groupe de jeunes Londoniens homosexuels au début de l'épidémie de sida dans les années 1980, débarque ce lundi sur Canal+ et MyCanal. Et à en croire les critiques dithyrambiques qu'elle a suscitées outre-Manche et outre-Atlantique, elle promet un spectacle juste, passionnant et bouleversant.

L'intrigue démarre en 1981 lorsque Ritchie Tozer (Olly Alexander, le chanteur du groupe Years and Years), jeune provincial de 18 ans, quitte son île de Wight natale pour faire ses études dans la capitale anglaise. Il y fait la rencontre d'autres étudiants hauts en couleur, homosexuels comme lui, et découvre les joies de vivre pleinement sa vie après des années passées à refouler son identité. Jusqu'à ce que leur insouciance soit bousculée par les premiers cas de sida.

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En cinq épisodes qui mêlent humour et tragédie, It's a Sin suit le même groupe d'amis sur une décennie, alors qu'ils traversent les joies et les peines de l'entrée dans l'âge adulte. Mais elle s'attarde également sur la double peine qui s'est abattue à l'époque sur la communauté LGBT: la menace de cette maladie mortelle, sur laquelle peu d'informations fiables étaient alors disponibles, et la stigmatisation des homosexuels, premiers touchés par l'épidémie. Quand ils ne faisaient pas face aux théories complotistes ou au silence, la morale puritaine préférant détourner les yeux de l'hécatombe.

It's a Sin a immédiatement suscité l'engouement du public au Royaume-Uni: All 4, la plateforme de streaming de la chaîne britannique Channel 4, a battu son propre record de visionnage avec 6.5 millions de téléspectateurs en un mois comme le rapporte la BBC. Aux Etats-Unis, c'est la plateforme HBO Max qui en a assuré la diffusion en février. "Une série sur la mort, mais qui parle avant tout de vie; une œuvre tragique, qui se doit d’être drôle. Les histoires vraies sont faites de paradoxes", résume Russell T Davies, créateur du programme, dans les colonnes de Télérama.

Histoire personnelle

It's a Sin est le dernier projet en date de cette figure de la télévision britannique à qui l'on doit l'excellente Years and Years, Doctor Who de 2005 à 2009, ou encore la version originale de la série culte Queer as Folk. Mais cette fois, le scénariste et producteur ouvertement homosexuel s'attaque à un sujet plus douloureux. Car il était aux premières loges quand la maladie que l'on qualifiait alors de "cancer gay" s'est abattue sur l'Angleterre. En 1983, il était un jeune homme de 20 ans qui étudiait à Oxford:

"Le premier homme avec qui j'ai couché. Un homme que j'ai aimé pendant trois mois en 1988. Un ami hilarant avec qui j'ai passé une semaine folle à Glasgow. Tous sont morts aujourd'hui. Et ils sont tous morts du sida", écrit-il dans un billet publié par le Guardian en janvier, au lancement de It's a Sin au Royaume-Uni.

"Il est difficile de reconstituer comment l'information était diffusée au début (de l'épidémie)", poursuit-il. "Des rumeurs. Des marmonnements. Des chuchotements venus d'Amérique. Des conversations dans les recoins sombres des pubs. Quelques militants courageux qui photocopiaient le peu d'informations qu'ils avaient. Des feuilles affichées dans les clubs que vous ignoriez quand vous sortiez danser."

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Il met également au centre de sa série une réalité trop souvent oubliée: le déni dans lequel s'est réfugiée une partie de la communauté LGBT. "It’s a Sin corrige une erreur que commettent la plupart des fictions sur le sida, où l’on ne trouve généralement que les homophobes pour nier la réalité de la maladie. Or, avant 1985, nous aussi refusions d’y croire. Nous avons joué un rôle dans sa propagation", raconte-t-il à Télérama.

Son objectif était de retracer les débuts de l'épidémie sans le raconter du point de vue des militants: "Pour eux, 1983, c’était le début de la lutte. Pour nous, tout allait bien. À peine étions-nous au courant qu’une nouvelle maladie frappait notre communauté"

Inspiré par une amie

Russell T Davies raconte s'être inspiré du parcours d'une amie d'enfance devenue actrice, Jill Nalder, qui a traversé les années 1980 "au cœur de la tempête": elle a vécu avec des homosexuels dans une colocation qu'elle a rebaptisée le Pink Palace, a accompagné de nombreux amis dans la maladie jusque sur leurs lits d'hôpital, s'est improvisée militante. Le personnage féminin principal de It's a Sin, incarné par Lydia West (déjà vue dans Years and Years) s'appelle Jill Baxter. La colocation des personnages s'appelle le Pink Palace. Et l'amie de Russell T Davies y joue sa propre mère.

Pour donner une seconde vie aux hommes qu'il a vus disparaître, Russell T Davies a fait appel à un casting "parfait", selon Time Magazine, composé de figures connues (comme la star de How I Met Your Mother Neil Patrick Harris) et de nouveaux venus (Calum Scott Howells, Omari Douglas, Nathaniel Curtis).

Un sujet de plus en plus porté à l'écran

Ce n'est pas la première fois que Russell T Davies donne vie à des personnages homosexuels. Ses premiers travaux sur des soaps sont traversés par des personnages gays, avant qu'il ne produise des séries centrées sur le milieu LGBT. Mais jamais il ne s'était attaqué directement à la thématique du VIH, ce qui lui a d'ailleurs valu des critiques par le passé, notamment pour Queer as Folk en 1999:

"La presse gay était furieuse, parce qu'il n'y avait pas ni préservatifs, ni avertissements, ni messages de prévention", se souvient-il dans le Guardian. "Parce qu'à l'époque, je refusais de laisser nos vies être définies par cette maladie."

Inspiré par les productions de ces dernières années, comme Pose ou 120 battements par minute, il a finalement décidé de faire face au sujet: "Je pense qu'il fallait que j'attende jusqu'à maintenant, pour savoir ce que je voulais dire."

Article original publié sur BFMTV.com