En Italie, la victoire de Giorgia Meloni laisse les Italiens « passifs » et « indifférents »

This photo taken in Rome on September 26, 2022, shows front pages of Italian newpapers with photos of leader of Italian far-right party
VINCENZO PINTO / AFP This photo taken in Rome on September 26, 2022, shows front pages of Italian newpapers with photos of leader of Italian far-right party "Fratelli d'Italia" (Brothers of Italy) Giorgia Meloni, a day after her party came top in general elections. - Far-right leader Giorgia Meloni said on September 26, she was ready to govern for "all Italians" after her eurosceptic populists swept to victory in general elections, putting her on course to guide Italy's most right-wing government since World War II. (Photo by Vincenzo PINTO / AFP)

VINCENZO PINTO / AFP

Les journaux italiens annoncent la victoire de Fratelli d’Italia et de Giorgia Meloni en Italie, le 26 septembre 2022.

ITALIE - « Que va-t-il se passer maintenant ? » Ce lundi 26 septembre, le quotidien italien La Repubblica a exprimé son inquiétude après la victoire du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia aux élections législatives. La leader de ce mouvement post-fasciste Giorgia Meloni, est toute désignée pour devenir présidente du Conseil, un équivalent du poste de Première ministre.

Ce résultat historique signifie que pour la première fois depuis la chute de Benito Mussolini en 1943, l’extrême droite revient à la tête du pays. Si le scrutin a été largement commenté dans la presse européenne ce matin -et a même suscité des réactions indignées en France- le contraste avec l’absence de forte mobilisation dans la botte, frappe.

Cette passivité ne surprend pas Christophe Bouillaud, professeur de sciences politiques à Science po Grenoble : « Logiquement, les Italiens ne veulent pas être mécontents de leur vote. Mais surtout, la victoire de Meloni a tellement été annoncée et l’ampleur de la victoire est si nette [26 % des voix selon les premières estimations, NDLR], qu’il n’y a rien à redire après une élection qui s’est déroulée démocratiquement. »

« Le rapport de force a changé, mais l’alliance reste la même »

Le spécialiste de la politique italienne rappelle que l’extrême droite participe aux gouvernements depuis de nombreuses années. « Les Italiens ont l’habitude de les voir au pouvoir, ils savent à quoi s’attendre », pointe le chercheur. Pour les électeurs transalpins, le choc est donc moindre, contrairement à la France où la victoire de Fratelli d’Italia intervient six mois après une présidentielle qui a opposé Marine Le Pen à Emmanuel Macron. La leader du RN, et celui de Reconquête ! Eric Zemmour, ont d’ailleurs félicité Giorgia Meloni.

« En France, on lit la situation en la comparant avec le Rassemblement national, qui est ostracisé par les autres partis. En Italie, l’ostracisme vis-à-vis du fascisme est terminé depuis 1993 et l’intégration d’un membre du MSI [parti fasciste pour lequel Meloni a milité plus jeune et ancêtre de Fratelli d’Italia] dans le gouvernement de Silvio Berlusconi en 1994 », rappelle Christophe Bouillaud. Sans oublier l’expérience parlementaire du MSI dès 1948, quand le Front national a dû attendre 1986 pour être représenté à l’Assemblée française.

Presque 30 ans plus tard, « le rapport de force a changé, mais l’alliance reste la même », ajoute encore Christophe Bouillaud. En effet, Fratelli d’Italia, qui avait obtenu en 2018 seulement 4,4% des voix, a pris le premier rôle dans la coalition qu’il mène aux côtés des partis Forza Italia de Silvio Berlusconi (centre droit) et La Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini. C’est désormais Giorgia Meloni qui a la main pour composer son gouvernement.

Forte abstention aux élections législatives

La victoire de la gauche était également impensable au vu de la configuration politique, puisque le Parti démocrate d’Enrico Letta a refusé de s’allier au M5S, parti qui se revendique « ni de droite ni de gauche ». Ce dernier était arrivé en tête des élections en 2018 et a participé aux gouvernements successifs jusqu’à l’élection de ce dimanche.

Pour le professeur de sciences politiques, les Italiens avaient donc toutes les raisons d’être simplement « indifférents ». Et cela s’était d’ailleurs déjà traduit dans le fort taux d’abstention : 64 % des électeurs se sont déplacés dans les urnes, soit 10 points de moins par rapport aux dernières élections législatives.

Pour Christophe Bouillaud, la situation italienne est donc tout sauf une surprise : « C’est la suite d’une très longue histoire ». Et après la Suède et l’Italie, le politologue estime que Paris a tout à fait raison de s’inquiéter de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en France : « la probabilité d’une coalition des droites en France est proche de 100 %. On ne va pas y échapper ».

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