Italie : ces vaches n’ont pas été tuées "par un vaccin" mais suite à la consommation d’une plante

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Le 6 août 2022, cinquante vaches ont été retrouvées mortes dans un pré de la région de Turin. Depuis cette date, des comptes partagent des images de cette découverte et affirment que ces bovins seraient décédés après avoir été vaccinés. Mais les analyses menées par des vétérinaires ont révélé que la cause de ces décès est en fait une intoxication liée à la consommation de sorgho, une plante rendue toxique par la sécheresse en cours en Italie.

La vérification en bref

  • Depuis le 10 août 2022, plusieurs comptes Twitter francophones et italophones partagent une vidéo montrant une cinquantaine de vaches retrouvées mortes dans un champ. Ces comptes affirment que ces vaches auraient succombé à la suite d’une vaccination ou d’une intervention médicale.

  • En réalité, ces vaches ont été retrouvées mortes le 6 août 2022 près de Sommariva del Bosco, au sud de Turin. D’après les analyses menées par des vétérinaires, ce troupeau a été intoxiqué par du sorgho, une plante habituellement utilisée pour nourrir le bétail mais qui, à cause de la sécheresse, contenait un très fort taux de substances toxiques pour les bovins.

Le détail de la vérification

Une cinquantaine de vaches agonisant dans un pré. Voici ce que montre une vidéo impressionnante qui circule sur plusieurs réseaux sociaux depuis le 10 août 2022, et cumule aujourd’hui plus de 25 000 vues. D’après certains comptes francophones habitués de la diffusion de thèses complotistes, ces vaches auraient été tuées délibérément par un vétérinaire, ou bien “accidentellement” suite à l’administration d’un vaccin.

Plusieurs des comptes partageant ces images expliquent qu’elles ont été tournées en Italie dans la région du Piémont. Pour comprendre ce que montre réellement cette vidéo, il faut donc réaliser une recherche en italien. Une recherche utilisant les mots clefs “Piemonte mucche morte”, c’est-à-dire “Piémont vaches mortes”, renvoie par exemple vers plusieurs articles publiés par des médias italiens tels que La Repubblica et le Corriere Torino, dans lesquels on retrouve des images montrant le même lieu et les mêmes bovins que ceux présents sur la vidéo.

Ces articles expliquent que ces vaches ont été retrouvées mortes le 6 août 2022 non loin du village de Sommariva del Bosco, à environ 40 kilomètres au sud de Turin. Mais contrairement à ce qu’affirment certains comptes complotistes, la cause de leur décès n’est pas liée à un vaccin ou à une intervention médicale. Dans un reportage publié le 7 août par la télévision italienne Rai, Giacomino Olivero, l’éleveur qui possédait ce troupeau, raconte qu’une fois arrivées sur ce pré, la plupart de ses vaches sont tombées au sol en une dizaine de minutes. Aucune vaccination des bovins n’est mentionnée dans le reportage.

"Avec cette sécheresse, ce sorgho a connu une croissance plus lente et a donc sécrété des taux très élevés de dhurrine, toxiques pour les vaches"

La rédaction des Observateurs a échangé avec Stefano Giantin, vétérinaire à l’Institut Zoologique du Piémont. Le 6 août dernier, il s’est rendu en urgence sur le lieu de découverte de ce troupeau agonisant : “Le troupeau comptait initialement 80 vaches. Quand nous sommes arrivés sur place, beaucoup d’entre elles étaient déjà mortes et d’autres agonisaient au sol. Finalement, nous avons réussi à en sauver une trentaine”.

Stefano Giantin explique que, pour comprendre la cause de ces décès fulgurants, des analyses ont été menées par les Universités de Turin et de Bologne, notamment à partir des végétaux trouvés sur le terrain. Or ces analyses ont permis d’identifier une intoxication causée par le sorgho, une plante régulièrement utilisée pour nourrir des bovins. Il précise :

“Les agriculteurs ont l’habitude de faucher du sorgho afin de le donner au bétail, notamment en période de sécheresse lorsque l’herbe verte manque dans les pâturages. Mais avec cette sécheresse, ce sorgho a connu une croissance plus lente. Il a donc sécrété des taux très élevés de dhurrine, une molécule qui protège la plante. Lorsqu’elle est en faible quantité, ce qui est habituellement le cas dans les plantes coupées avant floraison, cette molécule n’est pas un problème. En plus forte quantité, elle est très toxique pour les bovins puisqu’elle se transforme en acide cyanurique dans leurs estomacs”.

D’après le vétérinaire, le taux de dhurrine présente dans les plants de sorgho mangés par les animaux était de 10 717 miligrammes par kilo, ce qui équivaut à un taux d'acide cyanurique de 919 miligrammes par kilo. Un chiffre bien supérieur à la dose létale pour les vaches qui est de 700 milligrammes par kilo. Ces cinquante vaches sont donc mortes par asphyxie suite à une intoxication due à la sécheresse en cours en Italie.

Stefano Giantin a d’ailleurs précisé qu’il n’avait jamais assisté à une intoxication d’une telle ampleur. Et cet épisode s’est malheureusement répété à plusieurs reprises. Le 11 août, le vétérinaire est intervenu dans deux autres fermes de la région de Coni où d’autres vaches avaient elles aussi été intoxiquées par du sorgho.

Mais grâce aux analyses effectuées suite à la découverte du 6 août, les vétérinaires présents sur place ont pu leur administrer du nitrate de sodium ce qui a permis de sauver une vingtaine d’animaux. Face à la multiplication récente de ces intoxications, documentée par plusieurs médias italiens, l’Institut zoologique du Piémont a d’ailleurs appelé les agriculteurs à cesser temporairement de nourrir leur bétail avec du sorgho.