Italie: Mario Draghi accepte officiellement le poste de Premier ministre

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Mario Draghi a officiellement accepté vendredi de devenir Premier ministre de l'Italie, annonçant dans la foulée la composition de son gouvernement : des politiques et des technocrates nommés en pleine crise épidémique pour réussir la vaccination de masse et surmonter la dépression économique dans le pays.

L’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a réussi à obtenir le soutien de pratiquement tous les partis, y compris la Ligue de Salvini, devenu soudainement « pro-européen ». L’homme de 73 ans présenté sa liste de 23 ministres au chef de l’État, Sergio Mattarella, qui correspond au profil d’un gouvernement plus politique que prévu.

La grande nouveauté, c’est la création d’un « super-ministère » de la Transition écologique, calqué sur le modèle français. Il sera dirigé par un des huit ministres techniciens choisis par Mario Draghi, le physicien de renom Roberto Cingolani. Il était responsable depuis septembre 2019 de l'innovation technologique chez le géant italien de l'aéronautique Leonardo.

Pour mettre en sécurité le plan de relance européen de 209 milliards d’euros, le directeur de la Banque d’Italie Daniele Franco est nommé à la tête du Trésor, rapporte notre correspondante à Rome, Anne Le Nir. À 67 ans, il est considéré comme l'un des meilleurs experts des finances publiques de la péninsule, hérite de ce portefeuille qui comprend l’Économie, et a fait l'essentiel de sa carrière au sein de la Banque d'Italie, dont Mario Draghi était gouverneur. Cela jusqu'à en devenir le numéro deux début 2020. Giancarlo Giorgetti, un proche de Draghi, mais qui est également le bras droit de Matteo Salvini, devient ministre du Développement économique.

Une certaine continuité

Mario Draghi a cependant joué la continuité sur plusieurs autres postes importants. Il a ainsi confirmé Luigi Di Maio, haut responsable du Mouvement populiste 5 Etoiles (M5S), au poste de ministre des Affaires étrangères, tout comme la technocrate Luciana Lamorgese au poste de ministre de l'Intérieur et Roberto Speranza, du petit parti de gauche LEU, au poste de ministre de la Santé.

Dario Franceschini conserve la Culture et Lorenzo Guerini, la Défense. Pour la Justice, c'est l'actuelle présidente de la Cour constitutionnelle, Marta Cartabia, qui sera aux manettes. De plus, l’académicien Patrizio Bianchi sera chargé de l’Éducation. Un autre secteur clé pour l’avenir de l’Italie.

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Mario Draghi prêtera serment samedi 13 février, puis demandera la confiance du Parlement en début de semaine. Choisi le 3 février par le président de la République Sergio Mattarella pour succéder à Giuseppe Conte, le nouveau chef du gouvernement a habilement mêlé technocrates et responsables politiques, choisissant des personnalités compétentes dans tous les partis lui ayant offert leur soutien, sans faire appel cependant aux leaders.

Il a mené des entretiens tous azimuts avec les partis politiques représentés au Parlement, qui lui ont permis de former un attelage hétéroclite allant du Parti démocrate (PD, centre-gauche) à la Ligue d'extrême droite de Matteo Salvini, en passant par le parti de droite Forza Italia de Silvio Berlusconi.

L'enthousiasme de l'UE

Avec Mario Draghi, les Européens espèrent trouver l’homme qui sortira la troisième économie de l’UE de la crise née de la pandémie et qui sera le mieux à même de combattre la dette galopante de la péninsule. Des espoirs partagés en apparence par les marchés financiers puisque depuis qu’il se profile comme futur chef du gouvernement italien, rarement l’Italie n’a bénéficié de taux aussi bas pour emprunter, souligne notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet.

La Commission européenne, d’habitude si prudente sur les événements de politique intérieure des 27, n’a même pas cherché à cacher son enthousiasme devant la perspective de voir Mario Draghi prendre les rênes du gouvernement italien. Il y a dix jours, alors que l’ancien président de la Banque centrale européenne venait à peine d’être pressenti officiellement, l’un des vice-présidents de la Commission a pris sur lui d’affirmer le respect et même l’admiration de son institution pour Mario Draghi.

Cette imprudence politique est à la hauteur des espoirs pour l’UE de voir arriver à la présidence du Conseil en Italie celui dont la réputation de sérieux et d’efficacité n’est plus à faire dans les institutions européennes. Il est crédité d’avoir sauvé la zone Euro lors de la crise financière née en 2008, sans avoir jamais fait preuve de favoritisme envers les pays du sud.

Certains ici l’avaient surnommé « Super Mario » au plus fort de cette crise et ses prises de position au début de la pandémie pour une relance européenne désormais matérialisée en ont encore rajouté pour faire de Mario Draghi aux yeux des Européens le candidat idéal pour asseoir la stabilité de l’Italie.