Italie : face aux déserts médicaux, la Calabre fait appel aux soignants cubains

Une première vague de cinquante médecins cubains est arrivée en Calabre, dans le sud de l'Italie. La région fait face à un manque de soignants, et en particulier de spécialistes, depuis de nombreuses années. Une solution d'urgence a été adoptée : faire venir près de 500 médecins spécialisés de Cuba pendant près d'un an.

51 médecins spécialisés sont arrivés en Italie depuis Cuba pour compenser le manque de personnel dans les hôpitaux publics du pays. La réduction des dépenses de santé dans le public au fil des ans a ralenti le recrutement de médecins dans toutes les régions d'Italie, en particulier dans celles qui connaissent de grandes difficultés comme la Calabre. Cela fait 10 ans que la région est considérée comme un désert médical.

L'arrivée des médecins cubain vient apporter un soutien temporaire à la région mais, le président de la Calabre l'assure, ce n'est pas une solution à long terme : "C'est une solution d'urgence nécessaire, afin d'éviter de fermer des hôpitaux" assure-t-il.

Près de 500 médecins cubains sont attendus en Calabre

Cuba envoie régulièrement des médecins en renfort à l'étrangers par le biais de la société Comercializadora de Servicios Médicos Cubanos (CSMC). Pendant la pandémie de Covid-19, ils étaient présents dans plus de 40 pays. L'Italie, en particulier, avait bénéficié de cette assistance.

Pour Elizabeth Balbuena Delgado, cardiologue, c'est en parfaite cohérence avec les valeurs de la médecine : 'C'est une nouvelle expérience, je vais découvrir une nouvelle culture et aider des gens dans le besoin. C'est le but de notre profession, aider ceux qui en ont le plus besoin".

Bientôt, les premiers médecins cubains prendront leurs fonctions dans les différents hôpitaux de Calabre. En attendant, ils suivent des cours d'italien pour pouvoir mieux communiquer avec leurs collègues spécialistes et avec leurs patients.

En tout, la région de Calabre attend la venue de près de 500 médecins qui viendront de Cuba pour travailler dans les hôpitaux calabrais pendant au moins un an. La plupart d'entre eux est contrainte de laisser famille et amis sur l'île. Une situation acceptée par l'entourage de Dayli Ramos Reymont, radiologue : "Ma famille connaît le parcours altruiste et humaniste des médecin cubain et comprend la volonté de notre peuple d'aider dans le domaine médical tous les pays, qu'ils soient développés ou en voie de développement, dès qu'ils en ont besoin".

Un recours aux médecins cubains qui fait polémique.

Si la situation est très positive pour la Calabre, des critiques ont été soulevées sur la rémunération de ces médecins. Une portion significative de leur salaire est captée par l'état cubain ( par le biais de la CSMC), qui organise leur expatriation.

L'accord entre la région Calabraise et la CSMC prévoit que, pour chaque médecin, 1 200 euros sont versés directement aux médecins "pour l'entretien, le remboursement des dépenses", tandis que 3 500 euros sont collectés par la CSMC. Comme l'ont révélé nos confrères d'Euractiv, plusieurs eurodéputés, dont l'italienne Etoile LauraFerrara ont envoyé une lettre en octobre 2022 au président de la région de Calabre pour lui demander de renoncer à ce qu'ils équivalent à "des formes d'esclavage".

La situation du personnel médical cubain à l'étranger avait déjà été dénoncée par le parlement européen dans sa résolution du 16 septembre 2021 "sur la répression gouvernementale visant les manifestations et les citoyens à Cuba". Adoptée, cette résolution évoque un "viol systématique du droit du travail et des droits de l'homme" des soignants cubains, "ce qui équivaut à de l'esclavage moderne selon les nations Unies".

Des questions repoussées par le président de la région Calabre, Roberto Occhiuto, au vu de l'urgence : "Une vie sauvée dans un de ces hôpitaux que je devrais sinon fermer vaut plus que mille polémiques, même si cette vie est sauvée par un très bon médecin cubain plutôt que par un médecin italien".