Italie : deux navires de sauvetage de migrants refusent de quitter Catane

Deux navires de sauvetage de migrants refusent de quitter le port le Catane, en Italie. Les autorités italiennes n’ont autorisé que les migrants identifiés comme les plus vulnérables du Humanity 1 et du Geo Barents à débarquer.

Une décision contestée par la Commission européenne, qui a rappelé ce lundi "l'obligation légale et morale" des États membres de sauver la vie des personnes en danger en mer.

Le ministère allemand des affaires étrangères a également tenu à réagir, par la voix de sa porte-parole Andrea Sasse : "Le sauvetage maritime civil ne doit pas être entravé. Il est de notre obligation morale et légale de ne pas laisser se noyer les personnes en péril en mer. Leur sauvetage doit être notre objectif."

L'Allemagne a insisté, dans une "note" diplomatique adressée à l'Italie, sur le fait que les organisations caritatives "apportaient une contribution importante au sauvetage de vies humaines" et a demandé à Rome "de les aider dès que possible".

Le nouveau gouvernement d'extrême droite italien a autorisé dimanche le débarquement de mineurs et d'autres migrants souffrant de problèmes médicaux, mais entend, selon des sources gouvernementales, en renvoyer d'autres à bord de navires d'ONG humanitaires.

Trois mineures et un bébé ont été les premiers à débarquer à l'aube du bateau Humanité 1, suivis des garçons mineurs et des hommes adultes ayant des problèmes médicaux, a déclaré à l'AFP Petra Krischok, attachée de presse de SOS Humanité.

Au total, 144 personnes ont débarqué du Humanity 1, navire sous drapeau allemand, au port de Catane mais 35 sont restés à bord, selon cette source.

Le ministre de l'Intérieur Matteo Piantedosi avait déclaré samedi que le gouvernement ne ferait pas marche arrière quant à ses obligations humanitaires mais que ceux qui ne sont pas "qualifiés" devraient être pris en charge par l'Etat du pavillon du navire.

"Comme des objets"

"Ceux qui restent dans le navire recevront l'assistance nécessaire pour quitter les eaux territoriales" italiennes, ont affirmé dimanche des sources proches du ministre des Transports et dirigeant populiste de la Ligue antimigrants Matteo Salvini, dont dépendent les ports.

Le nouveau gouvernement d'extrême droite italien, qui a prêté serment le mois dernier, s'est engagé à sévir contre les migrants par bateau venant d'Afrique du Nord vers l'Europe.

Plus de 87 000 personnes ont débarqué en Italie cette année, selon le ministère de l'Intérieur, dont 14% ont été secourues par des navires humanitaires.

Le patron du Parti démocrate (PD, principale formation de gauche) Enrico Letta a accusé le gouvernement sur Twitter de violer les traités internationaux. Le PD a affirmé que Matteo Piantedosi devrait s'expliquer devant le parlement.

Le député de l'opposition Aboubakar Soumahoro, qui était présent lors du débarquement de l'Humanity 1, a critiqué la "sélection des migrants naufragés", qui, selon lui, viole le droit international.

Pour lui, le gouvernement traite "les naufragés, déjà épuisés par le froid, la fatigue, les traumatismes et la torture comme des objets".

"Si les naufragés restants sont rejetés, nous contesterons cette décision devant toutes les instances appropriées", a-t-il déclaré sur Twitter.

Le ministère norvégien des Affaires étrangères a déclaré jeudi qu'il n'assumait "aucune responsabilité" pour les personnes secourues par des navires privés battant pavillon norvégien en Méditerranée.