Issue des quartiers populaires, je sais que les propos de Camélia Jordana coûtent cher en France

Inès Seddiki

Chère Camélia,

Je n’étais plus très fan de toi suite à tes différents rôles au cinéma et autres collaborations que j’ai souvent trouvés stigmatisants pour la banlieusarde que je suis. Mais soit. Que tu sois issue d’une minorité ne donne pas à celle-ci le droit d’exiger quoi que ce soit de toi. Ni alliée, ni vraiment ennemie de mes combats pour un meilleur traitement des quartiers populaires, tu étais pour moi simplement, Camélia Jordana.

Surprise de découvrir ton soutien, bien avant ce débat d’ailleurs, dans la lutte ancienne contre les violences policières. J’étais ravie de constater ton envie d’utiliser ta voix pour mettre la lumière sur ce fléau et sur ce cri du cœur d’une jeunesse des quartiers populaires qui, en réalité, ne demande qu’à être française comme les autres, protégée comme les autres, et surtout punie comme les autres. Le non respect du confinement s’élève normalement à 135 euros d’amende, pas à un coup de taser comme pour Ramatoulaye à Aubervilliers ou des violences physiques innommables comme pour Sofiane aux Ulis. Deux citoyens, parmi tant d’autres.

 

Tu as utilisé ta voix pour mettre la lumière sur ce cri du cœur d’une jeunesse des quartiers populaires qui ne demande qu’à être française comme les autres, protégée comme les autres, punie comme les autres.

Alors à l’heure où les gens se demandent si tu es sincère, si tu cherches le buzz ou s’affairent à déverser leur haine sur twitter, je te dis merci. Merci d’abord parce que tu as osé: parler de ces sujets en France coûte cher, plus cher que ce que peuvent apporter quelques milliers de followers supplémentaires. En tant que femme, qui plus est issue de l’immigration, il y a très peu de choses que nous pouvons dire sans risque dans l’espace médiatique. Il fallait du courage.

Merci également d’avoir refusé de t’épancher dans les médias. Ton coup de gueule aux mots bruts et spontanés a fait le travail: ouvrir le débat public, occuper l’espace médiatique, susciter une réaction politique. Et...

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