Issue d'une PMA, elle accuse le gynécologue d'avoir utilisé son propre sperme lors de l'insémination

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Marjorie Mendes, membre de l'association PMAnonymes, née par don de sperme, le 26 décembre 2021 sur BFMTV - BFMTV
Marjorie Mendes, membre de l'association PMAnonymes, née par don de sperme, le 26 décembre 2021 sur BFMTV - BFMTV

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"C'est quelqu'un qui a accouché ma mère, qui m'a tenue dans ses bras". Née d'une Procréation Médicalement Assistée (PMA) en 1986, Marjorie Mendes a découvert après des recherches sur ses origines que le gynécologue qui a procédé à l'acte médical sur sa mère pourrait être son père biologique.

Elle a témoigné dans l'enquête sur ce sujet publiée en début de semaine par FranceInfo. Selon les témoignages recueillis, au moins trois gynécologues en France seraient concernés par ce genre de pratique. Le Conseil national de l'Ordre des médecins a été alerté.

"Tout de suite ça a fait tilt"

Les recherches de Marjorie Mendes sur ses origines ont été bouleversées après qu'elle a reçu les résultats d'un test ADN. Elle note que ses origines ethniques correspondent à celles du gynécologue qui a pratiqué la PMA sur sa mère. "C'est une origine qui est peu courante, donc tout de suite ça a fait tilt. Sauf qu'on n'y croit pas, on pense à autre chose, une coïncidence", déclare Marjorie Mendes à BFMTV.

Via les réseaux sociaux, elle contacte des membres de la famille du gynécologue, demande des actes de naissance, et finit par conclure à son lien de filiation avec cet homme. FranceInfo écrit qu'elle compte des correspondances génétiques avec sept membres de la famille du médecin: des enfants de cousins, une cousine et le petit-fils de sa soeur.

Marjorie Mendes a également découvert qu'elle avait une correspondance de 20% d'ADN avec un homme, qui semble être son demi-frère. La mère de ce dernier a déclaré qu'elle avait elle été une patiente du même gynécologue que la mère de Marjorie. Elle a elle aussi pratiqué une PMA avec lui, qui devait toutefois être faite avec les spermatozoïdes de son mari, explique FranceInfo.

"Il a fait cela sans se poser de questions"

La mère de Marjorie Mendes ne connaissait pas le donneur au moment de l'insémination, et explique au média que pour elle "c'était une personne venue avant. Lors de l'insémination, [le gynécologue] n'a rien dit, il m'a juste demandé un petit quelque chose pour payer la personne. J'ai demandé s'il y avait des garanties au niveau de certaines maladies, et il m'a dit de ne pas m'inquiéter."

"On est en colère parce qu'il a fait cela sans se poser de questions, c'est quelqu'un qui a accouché ma mère, qui m'a tenue dans ses bras alors qu'il savait bien", lance Marjorie Mendes sur notre antenne. "On se dit qu'avec cette personne là, on n'aura pas l'échange qu'on attendait".

Il faut noter que les règles concernant les PMA ont beaucoup évolué ces dernières années. Jusque dans les années 1990, le don de sperme "frais", soit non congelé, était autorisé, et la pratique n'était pas très encadrée. Aujourd'hui, "l'insémination artificielle par sperme frais provenant d'un don et le mélange de spermes sont interdits", selon l'article L1244-3 du Code de la Santé publique.

"Des questions de santé, de cosanguinité"

Le gynécologue refuse tout contact, et a réfuté auprès de nos confrères avoir utilisé son propre sperme "et évoque un cousin".

Cette situation, outre les problèmes éthiques qu'elle pose, pourrait avoir des conséquences sanitaires "parce que l'on va se retrouver avec des centaines de personnes issues d'un même donneur, et donc avec des questions de santé tout simplement, de consanguinité", déclare à BFMTV Clément Roussial, vice-président de l'Association PMAnonymes.

La levée d'une partie de l'anonymat dans les dons de gamètes, qui fait partie du projet de loi bioéthique, pourrait entraîner de nouvelles révélations pour les enfants nés de PMA, au sujet de leurs origines.

Article original publié sur BFMTV.com

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