Doutes sur le plan de trêve à Gaza, frappes meurtrières à Gaza

Une enfant palestinienne transporte des conteneurs pour les remplir d'eau dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 3 juin 2024 (Omar Al Qatta)
Une enfant palestinienne transporte des conteneurs pour les remplir d'eau dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 3 juin 2024 (Omar Al Qatta)

Israël a pris ses distances lundi avec le plan de cessez-le-feu dans la bande de Gaza annoncé par le président américain Joe Biden, le jugeant "incomplet" et réaffirmant son objectif d'"éliminer" le Hamas palestinien.

Sur le terrain, l'armée israélienne a mené de nouveaux bombardements sur plusieurs secteurs du territoire palestinien assiégé et dévasté, y compris à Rafah, où au moins 40 personnes ont été tuées ces dernières 24 heures, selon le ministère de la Santé du Hamas.

De son côté, l'armée israélienne a annoncé la mort de quatre otages israéliens emmenés à Gaza durant l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre. Leurs corps sont toujours aux mains du Hamas selon elle.

Samedi, M. Biden a fait état d'une feuille de route proposée selon lui par Israël et prévoyant dans une première phase un cessez-le-feu de six semaines accompagné d'un retrait israélien des zones densément peuplées de Gaza, de la libération de certains otages -femmes et malades- et de prisonniers palestiniens.

"La proposition présentée par le président Biden est incomplète", a déclaré le porte-parole du gouvernement israélien, David Mencer.

"Les allégations selon lesquelles nous avons accepté un cessez-le-feu sans que nos conditions soient respectées sont incorrectes", a déclaré dans un communiqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sous très forte pression de l'opinion publique et de ses alliés d'extrême droite.

Ces conditions, Israël n'a de cesse de les répéter: la "destruction" du Hamas et la libération "de tous les otages" enlevés ce jour-là.

- Bombardements à Rafah -

Le président américain a, après l'annonce du plan, appelé le Hamas à l'accepter. Mais ce dernier, qui n'a pas encore donné sa réponse définitive, a dit le considérer "positivement" tout en réitérant ses exigences d'un cessez-le-feu permanent et d'un retrait total israélien de Gaza. Ce que refuse Israël.

Les exigences contradictoires réitérées par les belligérants jettent le doute sur les chances de voir ce plan aboutir, à l'heure où les appels dans le monde se multiplient pour arrêter le conflit qui a fait jusqu'à présent 36.479 morts dans l'offensive israélienne à Gaza, selon des données du ministère de la Santé du gouvernement de Gaza dirigé par le Hamas.

Cette offensive a été lancée après l'attaque menée le 7 octobre par des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza dans le sud d'Israël, qui a entraîné la mort de 1.190 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.

Sur environ 250 personnes enlevées durant l'attaque, 120 sont toujours retenues en otages à Gaza, dont au moins 41 sont mortes, selon l'armée.

Israël a juré de détruire le Hamas qui a pris le pouvoir à Gaza en 2007 et qu'il considère comme une organisation terroriste de même que les Etats-Unis et l'Union européenne.

Lundi, l'armée israélienne a poursuivi son offensive terrestre lancée le 7 mai à Rafah, une ville du sud de Gaza et frontalière avec l'Egypte, pour détruire selon elle les derniers bataillons du Hamas.

Des frappes aériennes et des tirs d'artillerie ont visé principalement l'ouest de la ville, selon un témoin. L'offensive terrestre sur Rafah a poussé, selon l'ONU, environ un million de Palestiniens à fuir.

- "Ce n'est pas une vie" -

Des frappes et des tirs d'artillerie ont fait six morts dans le camp de Bureij (centre), dix à Khan Younès (sud) et quatre à Zeitoun, un quartier de la ville de Gaza (nord), selon des sources médicales et la défense civile.

Dans les ruines de Khan Younès, le sort s'acharne sur les déplacés palestiniens qui se sont retrouvés submergés par les eaux usées. A l'aide de petits récipients ou de simples bouteilles en plastique, ils tentent lundi d'évacuer les eaux sales et nauséabondes de leurs tentes après la rupture d'une canalisation.

"Ce n'est pas une vie", lâche Abdellah Barbakh, un habitant. "Il n'y a pas d'eau potable. Il n'y a même pas de vendeur d'eau dans les rues. Il n'y a même pas d'eau de mer", dit un autre, Said Ashour.

"Les enfants meurent de faim", a lancé la porte-parole de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Margaret Harris, en commentant la situation dans la bande de Gaza où la majorité des quelque 2,4 millions d'habitants sont menacés de faim et n'ont pas d'endroit sûr où aller selon l'ONU.

- "Il n'y a pas de lait" -

Le point de passage de Rafah avec l'Egypte, crucial pour l'acheminement de l'aide internationale, est fermé depuis que l'armée israélienne en a pris le contrôle le 7 mai du côté palestinien.

La semaine dernière, 950 camions chargés d'aide venant d'Egypte sont entrés dans Gaza via le point de passage de Kerem Shalom, en Israël, selon un responsable égyptien. Mais selon l'ONU, il faudrait que 500 camions entrent chaque jour pour répondre aux besoins immenses des habitants.

Dans un hôpital de Deir el-Balah (centre), Amira al-Tawil raconte qu'elle n'a pas trouvé de lait pour son bébé souffrant de malnutrition. "Youssef a besoin de lait, en plus de son traitement médical, mais il n'y en a pas à Gaza", dit-elle à l'AFP, en tenant dans ses bras le petit garçon placé sous perfusion.

bur/tp/ila