Israël : Pourquoi des manifestants protestent contre le nouveau gouvernement de Netanyahu

Des militants israéliens brandissent des drapeaux et des pancartes alors qu’ils manifestent devant la Knesset (parlement israélien) à Jérusalem, le 29 décembre 2022, contre l’assermentation du gouvernement de droite.
AHMAD GHARABLI / AFP Des militants israéliens brandissent des drapeaux et des pancartes alors qu’ils manifestent devant la Knesset (parlement israélien) à Jérusalem, le 29 décembre 2022, contre l’assermentation du gouvernement de droite.

Né d’une alliance entre la droite et des partis d’extrême droite, le nouveau gouvernement présenté par Benjamin Netanyahu est composé de personnalités racistes et homophobes.

INTERNATIONAL - Une coalition de personnalités politiques accusées de misogynie, de racisme et d’homophobie. Après un passage de quelques mois dans l’opposition, Benjamin Netanyahu a présenté ce jeudi 29 décembre son nouveau gouvernement aux députés, avant un vote de confiance attendu sans suspense au Parlement, où sa coalition dispose de la majorité des sièges.

Considéré par les observateurs comme le plus à droite de l’histoire d’Israël grâce à une alliance avec plusieurs partis d’extrême droite, ce nouvel exécutif suscite déjà de nombreuses inquiétudes. Sa mission sera « d’assurer la supériorité militaire d’Israël dans la région », tout en « élargissant le cercle de la paix » avec les pays arabes, a notamment déclaré Netanyahu au Parlement.

Sa coalition comprend notamment les formations « Sionisme religieux » de Bezalel Smotrich et « Force juive » d’Itamar Ben Gvir, connus pour leurs propos anti-palestiniens et leurs positions favorables à l’annexion d’une partie de la Cisjordanie, et « Noam » d’Avi Maoz, ouvertement anti-LGBTQ.

Levée de boucliers

L’annonce de la composition de ce nouveau gouvernement a suscité une levée de boucliers au sein de la population. Des centaines de personnes, dont plusieurs arborant le drapeau arc-en-ciel, manifestaient jeudi devant la Knesset, comme vous pouvez le voir dans le tweet ci-dessous. Il s’agit d’« un rêve pour les partenaires de Netanyahu mais d’un cauchemar pour ses adversaires », souligne Yohanan Plesner, directeur de l’Institut démocratique d’Israël (IDI).

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Netanyahu espère une immunité judiciaire

La procureure générale, Gali Baharav-Miara, a récemment dit craindre des réformes réduisant le pouvoir des juges et d’une « politisation des forces de l’ordre » qui « porterait un coup sérieux aux principes les plus fondamentaux de l’Etat de droit ». Et le chef d’état-major de l’armée Aviv Kochavi s’est dit inquiet de la création d’un second poste de ministre, celui de Smotrich, au sein même de la Défense pour superviser la gestion civile de la Cisjordanie.

Pour de nombreux analystes, Netanyahu a multiplié les concessions à ses partenaires dans l’espoir d’obtenir une immunité judiciaire ou l’annulation de son procès pour corruption. « Ce gouvernement est l’addition de la faiblesse politique de Netanyahu, compte tenu de son âge et de son procès, et du fait qu’on a une nouvelle famille politique, liée à la droite révolutionnaire, que l’on n’avait jamais vu avec cette force en Israël », explique à l’AFP Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Open University d’Israël.

Agé de 73 ans et inculpé pour corruption dans plusieurs affaires, Netanyahu, le chef du Likoud (droite) avait été chassé du pouvoir en juin 2021 par une coalition hétéroclite avant de promettre un retour aux affaires en s’alliant avec des partis ultra-orthodoxes et d’extrême droite.

« Explosion » à venir ?

Smotrich et Ben Gvir, qui souhaitent avant tout renforcer la colonisation en Cisjordanie, territoire palestinien où vivent déjà plus de 475 000 colons juifs, « ont une très forte soif de pouvoir et ils savent que ce qu’ils n’obtiennent pas d’ici trois mois, six mois, voire deux ans, n’aura pas lieu », ajoute Denis Charbit.

Dans la foulée de la dernière guerre Hamas/Israël à Gaza en mai 2021 et des violences récentes en Cisjordanie, les plus graves depuis la fin de la Seconde intifada (2000 à 2005), la crainte d’une escalade militaire avec les Palestiniens est bien présente.

« Il y a de nombreuses lignes rouges : Al-Aqsa, l’annexion [de la Cisjordanie], le statut des prisonniers palestiniens (en Israël) ... Si Ben Gvir, à titre de ministre se rend à Al-Aqsa, ce sera une grande ligne rouge de franchie et cela mènera à une explosion », confie à l’AFP Basem Naim, haut responsable politique du Hamas.

Ben Gvir s’est déjà rendu ces derniers mois sur l’esplanade des Mosquées (mont du Temple pour les juifs), lieu saint au cœur des tensions israélo-palestiniennes à Jérusalem-Est. En vertu d’un statu quo historique, les non-musulmans peuvent s’y rendre mais pas y prier, mais la visite d’un ministre israélien en fonction sur ce site serait perçue comme de la provocation parmi les Palestiniens. « Si le gouvernement agit de manière irresponsable, cela pourrait provoquer une crise sur le plan de la sécurité », s’est inquiété le ministre sortant de la Défense, Benny Gantz.

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