En Israël, la petite bataille pour le "vote français de droite"

Guillaume LAVALLÉE
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Photo d'archives du 10 mars 2015 de Benjamin Netanyahu lors d'un meeting de campagne à Netanya, ville israélienne côtière où résident de nombreux immigrants venus de France

Jérusalem (AFP) - Au cours de la dernière décennie, la France a été le premier foyer d'immigrants vers Israël de tout l'Occident, devant les Etats-Unis. Et dans la campagne pour les législatives israéliennes de mardi, les partis courtisent le "vote français de droite".

En Israël, on parle souvent du vote des immigrés d'ex-URSS, qui comptent pour plus de 10% de la population.

De grandes banderoles en hébreu et en russe --aux couleurs du Likoud (droite) du Premier ministre Benjamin Netanyahu et d'Avigdor Lieberman, chef d'un parti nationaliste laïc qui fédère le "vote russe"-- se dressent sur les grands boulevards du pays.

Mais, bien que plus discret, le "vote français" commence aussi à émerger.

Pour l'élection de mardi, tous les grands partis ont un porte-parole francophone ou des candidats maîtrisant cette langue sur leur liste électorale. Et les chefs de partis s'adressent directement aux électeurs français.

- "Je vous aime" -

"Mes chers amis, je vous aime", lance en français, regard visant la caméra, Benjamin Netanyahu dans un spot de campagne diffusé sur les réseaux sociaux.

"Je veux vous remercier pour l'accueil chaleureux que vous m'avez réservé à Netanya (ville côtière au tiers français) et d'autres villes et je voudrais que vous utilisiez toute cette énergie pour vous mobiliser afin que le Likoud obtienne un maximum de voix", poursuit-il en hébreu, avant de conclure son message par un "merci beaucoup".

Dans ce message, M. Netanyahu mentionne exclusivement le Likoud car, dans sa lutte électorale serrée face au parti "Bleu-Blanc" de l'ex-chef de l'armée Benny Gantz, le chef du gouvernement doit éviter l'éparpillement des votes à droite.

"En Israël, il y a un vote français dans le sens où les Français votent beaucoup plus à droite que la moyenne (...). Ils correspondent aussi au caractère sociologique de la droite israélienne, c'est-à-dire qu'ils sont séfarades et qu'ils sont plus religieux", dit Benjamin Lachkar, responsable francophone du Likoud.

D'après lui, les "concurrents" du parti du Premier ministre au sein de cet électorat sont les autres formations de droite, comme la liste Yamina de l'ultra-droitière Ayelet Skaked.

Sur les ondes de la chaîne i24 news, qui diffuse depuis Jaffa, en anglais, en arabe et en français, Mme Shaked a courtisé directement le vote français en arguant que le ministère de l'Intégration de M. Netanyahu avait "beaucoup investi dans l'immigration de Russie" et à l'inverse "laissé de côté" voire "abandonné l'immigration de France".

Une référence, notamment, aux difficultés d'intégration des Français sur le marché de l'emploi ou dans le système scolaire en hébreu.

Au cours de la dernière décennie, la France a été le troisième vivier de candidats à l'"aliyah", le "retour" en Israël, avec 30.000 immigrants --dont un pic de près de 7.000 en 2015, année des attentats de Paris-- derrière la Russie et l'Ukraine mais devant les Etats-Unis, selon les données officielles.

Aujourd'hui, au moins 70.000 Français vivent en Israël, et le nombre de francophones dépasse facilement les 100.000.

- Débat télévisé inédit -

Fait notable, Ayelet Shaked a précisé que son programme d'intégration pour les francophones avait été développé avec Qualita, grande association locale vouée à l'intégration des "olim" (immigrants) français. Son directeur, Ariel Kandel, a appelé à voter pour Mme Shaked afin de défendre "les valeurs chères aux olim de France".

Preuve s'il en est de l'importance croissante du "vote français", la chaîne i24News organisera lundi soir, la veille du scrutin, un premier débat télévisé en français avec des représentants de tous les grands partis israéliens --pas seulement ceux de droite.

"S'agissant d'une élection israélienne, c'est la première fois", dit à l'AFP, Frank Melloul, le PDG de la chaîne.

"Il y a une différence avec la dernière élection d'avril, c'est la montée en puissance des candidats francophones sur les listes. La classe politique israélienne a pris note que la population francophone en Israël avait toute son importance dans cette élection", avance-t-il.

Yossi Taïeb en est un exemple. Ce francophone est numéro 12 sur la liste du parti de droite orthodoxe Shass, en place "éligible" pour faire son entrée au Parlement, si sa formation fait un bon score.

"Il y a un électorat francophone qui est là, ce qui est nouveau sur le terrain, donc tout le monde s'acharne" (pour le conquérir), souligne M. Taïeb, disant consacrer sa campagne à "l'intégration" des Français. "Il y a une difficulté qui est là (...) et il faut faire bouger les choses", plaide-t-il.