Israël détruit un village de bédouins palestiniens

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C’est, d’après l’ONU, la plus grande opération de démolition menée par Israël en Cisjordanie occupée depuis plus de quatre ans. Environ 70 structures appartenant à une communauté bédouine palestinienne vivant à Homsa al-Baqia, dans la vallée du Jourdain, ont été détruites mardi 3 novembre par l’armée israélienne. Selon l’agence humanitaire de l’ONU, ce type de destruction a augmenté en 2020 par rapport aux précédentes années.

Avec notre correspondant à Jérusalem, Guilhem Delteil

L’opération a laissé plus de 70 personnes, dont 41 enfants, sans domiciles fixes. Une population marquée par cette opération de grande ampleur, estime Isabella Tion. Elle est responsable santé mentale au sein de l’organisation Médecins du Monde France, qui vient en aide à cette communauté.

« Il y a un premier traumatisme, qui est celui d'avoir assisté à cette violence. Et puis, il y a un traumatisme qui est lié à l'incertitude pour l'avenir. Il y a une grande peur que cela se répète. On a recueilli pas mal de témoignanges où les gens nous disaient "même si on reconstruit maintenant, on est presque sûr qu'il y aura une nouvelle destruction" », explique-t-elle.

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« Israël a une panoplie d’excuses pour mener cette politique »

Pour l’armée israélienne, cette communauté était installée dans une zone de tir, et sa présence à cet emplacement était donc illégale. Contactée par RFI, elle justifie son opération par des « considérations opérationnelles » qu’elle refuse de détailler. Mais l’argument n’est qu’un prétexte, estime Hagaï El Ad, de l'organisation de défense des droits de l’homme B’Tselem. Pour lui, il y a une politique d’État visant à déplacer les Palestiniens habitant en zone C, la partie de la Cisjordanie toujours sous le contrôle complet d’Israël.

« Israël a une panoplie d’excuses pour mener cette politique de transfert forcé, qui est un crime de guerre. L’une d’entre elles est de déclarer l’endroit zone de tir, une autre est de le déclarer réserve naturelle ou terrain public. En fait, le raisonnement est inversé. Montrez-moi les Palestiniens que vous voulez expulser de zone C et Israël va fabriquer sur mesure l’excuse qui justifiera cette action », confie-t-il.

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L’ONU évoque, pour sa part, une « politique discriminatoire » d’Israël dans l’attribution des permis de construire en Cisjordanie. Et elle s’inquiète d’une augmentation des destructions d’infrastructures palestiniennes en 2020 : elle en a recensé 689, un record depuis 2016.