Israël approuve 31 logements pour colons à Hébron, une première depuis 2002

Laurent LOZANO
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L'entrée de Har Adar, une colonie de Cisjordanie occupée située à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Jérusalem, le 26 septembre 2017

Jérusalem (AFP) - Israël a approuvé lundi la construction de 31 logements pour colons juifs à Hébron, une première depuis 2002 dans une ville offrant l'un des visages les plus frappants de l'occupation et de la colonisation israéliennes en Cisjordanie.

L'autorité israélienne faisant office de gouvernement en Cisjordanie, territoire occupé depuis 50 ans par l'armée israélienne, a accepté une demande de permis de construire pour 31 logements dans le centre d'Hébron, a indiqué à l'AFP l'organisation israélienne anticolonisation La Paix maintenant.

Les 31 logements sont appelés à voir le jour sur un terrain militaire situé sur al-Shouhada: autrefois l'une des rues commerçantes les plus actives de la région menant au tombeau des Patriarches, celle-ci est devenue une artère fantôme sous l'effet du conflit israélo-palestinien et de l'occupation.

La réouverture d'al-Shouhada est un cri de ralliement permanent des Palestiniens.

La ville d'Hébron est une poudrière où quelque 800 juifs vivent, pour la plupart par conviction idéologique, sous haute protection militaire, parmi 200.000 Palestiniens. La coexistence des Palestiniens et des juifs y est une source de tensions et de violences permanentes.

L'annonce de nouveaux logements pour colons est d'autant plus sensible que l'Unesco a inscrit en juillet la Vieille ville d'Hébron sur la liste du patrimoine mondial en danger. Cette décision ainsi que la caractérisation d'Hébron comme ville islamique ont provoqué la fureur israélienne, les juifs revendiquant une présence de 4.000 ans à Hébron.

- 'Mépris total de l'Unesco' -

Le maire d'Hébron, Tayseer Abou Sneineh, a dit à l'AFP voir dans la décision israélienne la conséquence immédiate de cette inscription. Elle est susceptible de causer "le chaos", a-t-il prévenu.

Issa Amro, militant connu des droits palestiniens, a dénoncé une volonté de "poursuivre la judaïsation d'Hébron, au mépris total de la décision de l'Unesco".

Parmi d'autres décisions de l'organisation onusienne, l'inscription d'Hébron sur la liste du patrimoine menacé a poussé Israël à annoncer jeudi dernier son retrait de l'Unesco, dans le sillage des Etats-Unis.

Hébron héberge le tombeau des Patriarches, deuxième lieu saint du judaïsme, également révéré par les musulmans comme la mosquée d'Ibrahim. Le tombeau abriterait la dépouille d'Abraham, père des trois religions monothéistes, de son fils, du patriarche Isaac, son petit-fils Jacob, et de leurs épouses, Sarah, Rébecca et Léa.

A la suite du massacre de dizaines de juifs par des Arabes en 1929, Hébron s'est progressivement vidée de présence juive, jusqu'à leur retour en 1967.

L'approbation donnée lundi est encore susceptible d'objections et de recours, jusqu'à la Cour suprême israélienne, a dit Anat Ben Nun, une responsable de La Paix maintenant.

Mais l'ONG s'alarme de la portée de cette décision.

- Instantané du conflit -

"La colonisation à Hébron représente le visage le plus laid de l'occupation", a indiqué La Paix maintenant dans un communiqué. Selon elle, la population des colons à Hébron devrait augmenter de 20% grâce aux permis autorisés lundi.

La colonisation, c'est-à-dire la construction d'implantations civiles en territoire occupé, est illégale au regard du droit international. Elle est considérée par une grande partie de la communauté internationale comme faisant obstacle à la paix qui se fait attendre depuis des décennies entre Israéliens et Palestiniens.

La décision de lundi prélude à l'examen mardi et mercredi par les autorités israéliennes de dossiers pour plus de 2.000 nouveaux logements pour colons en Cisjordanie, selon la Paix maintenant. Ces dossiers se trouvent à différents stades de la procédure.

L'ONG a en outre souligné combien l'historique de la parcelle sur laquelle doivent être créées les 31 nouvelles habitations exposait le dossier à être rejeté par la Cour suprême.

Concentré des complexités du conflit, ce terrain, propriété juive avant 1948, était repassé sous le contrôle des autorités israéliennes en 1967. L'armée l'avait saisi dans les années 80, mais est tenue légalement de le céder à la location à la municipalité d'Hébron une fois l'utilisation militaire terminée, d'après l'ONG.

Seulement, a relevé la Paix maintenant, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu fait "tout ce qui est en son pouvoir pour faire plaisir à un petit groupe de colons".

M. Netanyahu est soumis à la surenchère de ses rivaux de droite et du lobby de la colonisation, partisans d'une construction débridée en Cisjordanie et, pour nombre d'entre eux, d'une annexion d'au moins une partie du territoire.

Il conteste que la colonisation entrave la paix et impute l'enlisement au refus palestinien de reconnaître l'existence d'un Etat juif dans quelque frontière que ce soit.

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