En Irlande, un père Noël vert pour sauver la planète

La COP 25 s’ouvre ce lundi 2 décembre à Madrid, en Espagne. Les représentants de 196 pays se réunissent jusqu’au 13 décembre pour tenter de se mettre d’accord sur de nouveaux moyens d’action pour lutter contre le dérèglement climatique. Ils se verront remettre des lettres écrites au père Noël par des enfants irlandais.

De notre correspondante à Dublin,

Laura Kehoe est nerveuse. Chercheuse en développement durable à l’université d’Oxford, cette native de Dublin s’affaire pour accrocher la neige en tissu au barnum qui abrite les enfants. Les petits sont trop occupés, crayons à la main, à écrire leur lettre au père Noël, pour faire attention à l’organisatrice de l’évènement.

Il y a quelques mois, la scientifique a fait un rêve : plutôt que de demander des jouets, les enfants écrivaient au père Noël pour lui demander de protéger la planète. « En me réveillant, je me suis dit que ce n’était pas une mauvaise idée ! » Aidée de plusieurs amis, dont des activistes du mouvement Extinction Rebellion, elle a organisé la campagne Dear Green Santa.

Buddy, le lutin d’un jour, accompagne une fillette à la table. « Tu peux écrire, tu peux dessiner, pour demander au père Noël ce que tu veux pour la planète ! » Sur les sapins qui entourent la tente, quelques-unes de ces lettres ont déjà été accrochées. « Cher père Noël vert, je voudrais qu’il neige à Noël. Cher père Noël, je veux que les adultes se réveillent et arrêtent de détruire la planète. Cher père Noël vert, je veux pouvoir profiter de la nature et grandir dans un monde sûr. »

Des lettres emmenées à Madrid cette semaine

« C’est incroyable, tout ce que les enfants savent sur le dérèglement climatique, s’écrie Laura Kehoe. Et c’est inquiétant qu’ils aient à gérer ça, à un si jeune âge ! » Cette inquiétude est partagée par le père Noël vert. Le petit Leo, 5 ans, lui tend son courrier où il réclame des océans propres à Noël. « Excellent ! s’exclame le vieil homme. Tu veux bien que j’emmène ta lettre à Madrid, la semaine prochaine ? » Le petit garçon hoche la tête.

A Madrid s’ouvre ce 2 décembre la COP 25, où 196 États doivent discuter de leurs actions pour contrer le dérèglement climatique. « Avec ces lettres, on espère leur mettre la pression. Nos citoyens sont inquiets, même les plus jeunes enfants ! Il faut qu’ils en fassent davantage. » Le père Noël vert est touché par la préoccupation de certains petits pour sa maison – le pôle Nord.

L’idée de lier la campagne à la COP 25 est venue assez tard à Laura Kehoe. « Au final, Madrid apparaît comme une destination pertinente », sourit-elle. Elle-même ne se rendra pas en Espagne. « Pour que ça reste une initiative zéro carbone, les lettres seront confiées à des personnes qui ont déjà prévu de participer à la COP ». En l’occurrence, c’est la jeune activiste Saoi O'Connor, l’une des instigatrices des grèves lycéennes pour le climat en Irlande, qui devrait délivrer le courrier aux délégués.

Énergies propres et vidéos YouTube

Une petite file d’attente commence à se former devant le barnum pour prendre une photo avec le père Noël vert, confortablement installé sur une chaise à bascule en bois. Les plus petits sont impressionnés par les « Ho, ho, ho ! » forts en décibels de l’homme en vert. Mais parmi les auteurs des lettres, certains ont passé l’âge de croire au père Noël.

Matthew, 11 ans, a par exemple demandé à ce qu’on utilise davantage d’énergies renouvelables… « et que les adultes regardent les vidéos de Nas Daily sur YouTube. Il donne des conseils pour sauver la planète, et c’est très bien fait ! » Une idée jugée « géniale » par le père Noël.

Derrière les sapins, Laura Kehoe s’est détendue. « Je vois que même les parents sont surpris que leurs enfants se sentent aussi impliqués. » Déjà à l’origine d’une initiative pour encourager la plantation d’arbres, la chercheuse espère frapper les délégués par le symbolisme de l’action Dear Green Santa.

Laura Kehoe invite d’ailleurs tous les petits (et moins petits) à envoyer leur lettre sur les réseaux sociaux, via le mot-dièse #greensanta. « Si seulement les enfants de ceux qui seront à Madrid pouvaient aussi écrire une lettre ! Peut-être qu’il y aura dans l’une d’entre elles quelque chose qui les fera agir. »