Irlande du Nord: les unionistes bloquent la constitution du nouveau gouvernement

Michelle O'Neill, la vice-présidente du Sinn Fein, pourrait devenir la nouvelle Première ministre d'Irlande du Nord, mais le DUP, le parti unioniste proche de la Grande-Bretagne, refuse de former un gouvernement tant qu’un point clé de l’accord du Brexit n’est pas supprimé. Le ministre britannique de l'Irlande du Nord, Brandon Lewis, s’est rendu sur place pour accélérer les négociations.

Michelle O'Neill, la vice-présidente du Sinn Fein, ancienne aile politique de l'IRA favorable à une réunification de l'Irlande du Nord à l'Irlande, pourrait devenir la Première ministre d’Irlande du Nord après une victoire électorale historique. Mais ses tentatives de former un nouveau gouvernement sont bloquées par le DUP, le parti unioniste proche de la Grande-Bretagne, qui refuse de nommer un vice-Premier ministre tant qu'un point clé de l'accord du Brexit n'est pas supprimé, écrit notre correspondante à Londres, Marie Boëda.

« Otage »

Les républicains du Sinn Fein ont ainsi accusé, lundi 9 mai, les unionistes de « prendre en otage » la nation britannique en refusant de participer au nouveau gouvernement. Michelle O'Neill a appelé à ne pas punir la population : « Nous ne sommes pas un pion du gouvernement britannique et de l’Union européenne. J’ai peur que Brandon Lewis, le gouvernement britannique et le DUP prennent en otage notre société et ce n’est pas acceptable », a-t-elle déclaré.

Afin de respecter l’accord du Vendredi saint de 1998, la nouvelle Première ministre doit, en effet, avoir à ses côtés un vice-Premier ministre unioniste. Mais le DUP fait barrage et conditionne sa participation à la résolution de l'épineuse question du statut spécial post-Brexit, le « protocole nord-irlandais » qui coupe, selon lui, la province du reste du Royaume-Uni.

Le message a été transmis lundi 9 mai. Tant que le protocole nord-irlandais n’est pas supprimé, il n’y aura pas de gouvernement. Négocié entre Londres et Bruxelles, il trace une frontière dans la mer entre l’Irlande et la Grande-Bretagne, pour éviter le retour d'une frontière physique entre la province et la République d'Irlande, membre de l'UE.

Point clé du Brexit

Les unionistes n’en veulent pas, car ils considèrent que cet accord les éloigne du Royaume-Uni. Le protocole introduit, en effet, des contrôles sur les marchandises en provenance de Grande-Bretagne, et il est dénoncé par les unionistes comme une menace. Le DUP craint également que la frontière en mer d'Irlande aille dans le sens d'une réunification de l'île d'Irlande.

Boris Johnson essaie de renégocier ce point clé du Brexit avec l’Union européenne. C'est donc la paralysie qui menace désormais, comme le risque que vole en éclats la fragile gouvernance de la nation endeuillée par trois décennies de Troubles entre républicains, surtout catholiques, et unionistes, majoritairement protestants.

Brandon Lewis, le ministre britannique de l’Irlande du Nord, a déclaré qu’il continuerait à faire pression sur l’UE pour modifier le protocole, mais que le DUP devait respecter le résultat des élections de jeudi 5 mai. Il a appelé les partis politiques de la province à former un gouvernement « dès que possible », sans convaincre le DUP.

Le DUP avait fait chuter la tête de l'exécutif local en février avec la démission du Premier ministre Paul Givan, pour marquer l'opposition du parti, favorable au Brexit dans une province qui a voté contre, face au protocole.

(Avec AFP)

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