Irlande du Nord: possible séisme politique aux élections locales

Un siècle après sa création, l'Irlande du Nord pourrait connaître un séisme politique avec la victoire aux élections locales cette semaine du parti républicain Sinn Fein, favorable à la réunification de l'île.

Les unionistes, majoritairement protestants et viscéralement attachés au maintien de l'Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni, ont quasiment toujours été le principal parti depuis 1921.

Avant le scrutin du 5 mai qui renouvelle l'Assemblée locale siégeant à Belfast, les sondages donnent une victoire du Sinn Fein, autrefois vitrine politique des paramilitaires de l'IRA, l'armée républicaine irlandaise, avec six ou sept points d'avance sur les unionistes du DUP.

Si ce résultat se concrétisait dans les urnes, le parti républicain de gauche prendrait le poste de Premier ministre.

Reste à savoir si le DUP accepterait de prendre celui de vice-Premier ministre et de permettre à l'exécutif local - actuellement paralysé - de fonctionner, car, comme le prévoit la gouvernance partagée par l'accord du Vendredi saint de 1998, qui a mis fin à trois décennies de conflit sanglant, l'un ne peut pas fonctionner sans l'autre.

A Newry, près de la frontière avec l'Irlande, une pancarte du Sinn Fein proclame que "l'unité irlandaise" est "la solution au Brexit".

La sortie du Royaume-Uni de l'UE, contre laquelle les Nord-Irlandais avaient majoritairement voté, a entraîné dans son sillage "un changement sismique dans la société", a récemment déclaré la vice-présidente du Sinn Fein, Michelle O'Neil.

- Tensions post-Brexit -

Le parti tempère toutefois la perspective d'une Irlande unie dans un avenir proche, craignant un effet repoussoir auprès de l'électorat centriste et des unionistes modérés, plus soucieux de sujets comme la santé, l'éducation ou le coût de la vie.

Dans la circonscription du chef du DUP Jeffrey Donaldson, Lagan Valley, les couleurs rouge, bleu et blanc du drapeau britannique s'affichent fièrement.

Les pancartes appellent les électeurs à placer M. Donaldson en tête sur leur bulletin de vote, le système électoral nord-irlandais permettant aux électeurs de composer leur propre liste.

Le DUP n'a de cesse d'exhorter Londres à abandonner le protocole nord-irlandais, dispositif post-Brexit qui introduit des contrôles douaniers sur les marchandises en provenance de Grande-Bretagne. Les unionistes y voient une menace sur la place de l'Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni, conjuguée avec la progression du Sinn Fein.

Radicalement opposés au protocole, les unionistes du DUP ont fait s'effondrer la tête de l'exécutif local avec la démission du Premier ministre Paul Givan début février. Son départ a mécaniquement entraîné la chute de la vice-Première ministre Michelle O'Neill.

Le gouvernement britannique répète qu'il n'exclut rien en cas d'échec des négociations avec Bruxelles, y compris s'affranchir des dispositions du protocole.

L'accord du Vendredi saint prévoit que soit organisé un référendum sur toute l'île sur sa réunification en cas de soutien populaire en ce sens. Mais la manière de jauger ce soutien n'a été définie à dessein que de manière vague. Si bien que la lecture d'une éventuelle victoire du Sinn Fein reste incertaine à cet égard.

- L'enjeu du centre -

Le DUP fait quant à lui valoir que la menace existe et essaie de mobiliser sa base.

Les sondages laissent également entrevoir une possible percée du centre non-aligné. La dirigeante du parti Alliance, Naomi Long, a estimé qu'il était "temps que cette pantomime autour des postes de Premier et vice-Premier ministre prenne fin".

Alliance et deux autres petits partis disposent de 11 des 90 sièges de l'Assemblée sortante.

"S'ils reviennent avec 16, 17, 18" élus, "cela pourrait provoquer une renégociation fondamentale de l'accord du Vendredi saint", a expliqué à l'AFP David McCann, commentateur pour le site politique Slugger O'Toole.

Ainsi Jacqueline Hirst, électrice unioniste de toujours, habitant la ville portuaire de Larne, entend-elle voter Alliance pour la première fois.

Cette fonctionnaire de 52 ans souligne auprès de l'AFP son inquiétude quant aux conséquences du protocole. "Beaucoup de choses dans les supermarchés disparaissent déjà".

Mais les dysfonctionnements de l'exécutif local dus à l'affrontement DUP-Sinn Fein l'inquiètent encore davantage. "On doit se parler", dit-elle, "c'est la seule manière d'avancer".

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