Irlande du Nord: nuit calme à Belfast après une semaine de violences

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Belfast a passé sa première nuit calme depuis quasiment une semaine. La capitale, ainsi que d'autres villes d'Irlande du Nord, sont agitées par les communautés loyalistes, qui tiennent à leur appartenance au Royaume-Uni, à cause du Brexit et d'un sentiment d'abandon de la part des élites.

Sur les lieux des émeutes de la semaine dernière, des pancartes ont été installées : « Prière à la communauté loyaliste de reporter ses manifestations, afin de rendre hommage au prince Philip [décédé ce vendredi 9 avril, ndlr] et par respect pour la famille royale. » Un appel à rester chez soi pendant la période de deuil national, lancé par le Conseil de la communauté loyaliste, une coalition d’organisations militantes.

C'est leur première prise de parole depuis le début des violences. Un appel efficace : quasiment personne dans les rues de la ville durant la nuit du 9 au 10 avril, devant les murs qui séparent les quartiers loyalistes et républicains. Personne à part les médiateurs communautaires, soulagés de savoir les adolescents chez eux, sans risquer des poursuites judiciaires ou des blessures, rapporte Emeline Vin depuis Belfast.

Dans certains quartiers, des petits groupes ont jeté des pierres sur les forces de l’ordre, déployées dans toute la ville. Quelques points de tensions donc, mais moins conflictuels que les jours précédents. D’autres rassemblements prévus pour le week-end à travers la province n’ont pas encore été annulés.

Un travail de réparation complexe entre l'Irlande du Nord et le Royaume-Uni

Depuis plus d'une semaine, la province britannique est secouée par des violences sans précédent depuis plusieurs années, surtout dans des zones loyalistes à majorité protestante. Les conséquences de la sortie de l'Union européenne ont créé un sentiment de trahison et d'amertume au sein de cette communauté fidèle à la Couronne britannique.

Face à cette escalade, Boris Johnson a dépêché sur place le ministre de l'Irlande du Nord, Brandon Lewis. Mais la marge de manœuvre du Premier ministre britannique est étroite, d’autant qu’il n’a pas de bonnes relations avec les partis DUP (Democratic unionist party, Parti unioniste démocrate) et Sinn Fein, au pouvoir en Irlande du Nord, comme l’explique Agnès Maillot, maîtresse de conférences à la Dublin City University, à Anastacia Becchio :

« Le DUP s’est prononcé dès le départ contre toutes solutions de sortie du Royaume-Uni de l’UE, qui impliquerait un statut différencié pour l’Irlande du Nord. Ils se sont donc sentis à plusieurs reprises trahis par les conservateurs et particulièrement par Boris Johnson, qui donne un statut légèrement différent à l’Irlande du Nord des autres partis du Royaume-Uni. On a aussi quand même des années de négligence par rapport à certains quartiers défavorisés en Irlande du Nord, qui se sentent laissés pour compte, trahis par le processus de paix, par les accords du Vendredi saint. Et par ailleurs, on a aussi ceux qui refusent à tout prix qu’on revoit non seulement le protocole, mais qui en plus continuent à demander un référendum sur la réunification, etc. Toutes ces négociations autour du Brexit ont tendu les relations entre la République d’Irlande et le Royaume-Uni. Il va donc va falloir faire un travail de réparation dans tous les sens, qui va être très compliqué pour l’administration Johnson à l’heure actuelle. »