Percée historique du Sinn Fein en Irlande du Nord

par Ian Graham
Michelle O'Neill, nouvelle dirigeante du Sinn Fein. Le parti nationaliste qui milite pour la réunification de l'Irlande a obtenu un score historique lors des élections législatives anticipées organisées jeudi en Irlande du Nord. /Photo prise le 3 mars 2017/REUTERS/Clodagh Kilcoyne

par Ian Graham

BELFAST (Reuters) - Le Sinn Fein, parti nationaliste qui milite pour la réunification de l'Irlande, a obtenu un score historique lors des élections législatives anticipées organisées jeudi en Irlande du Nord.

Il n'a été devancé que d'un seul siège par le Parti unioniste démocrate (DUP, pro-britannique), un résultat qui laisse présager des discussions ardues pour reformer un gouvernement de coalition dans la province.

La participation a atteint 65%, un record en vingt ans, lors de ce scrutin, qui se tenait dans un contexte politique nouveau après le référendum sur le Brexit de juin dernier qui a donné une autre résonance à la question des relations avec Londres.

Le DUP a remporté 28 des 90 sièges de l'assemblée d'Irlande du Nord. Mais il sort affaibli de l'élection, son avance sur le Sinn Fein passant de dix à un siège.

A peine plus de mille voix séparent les deux partis, avec 28,1% des suffrages pour le DUP et 27,9% pour le Sinn Fein.

"Avançons maintenant avec espoir, l'espoir que la civilité puisse désormais revenir dans notre (système) politique", a déclaré la Première ministre sortante, l'unioniste Arlene Foster, qui fait l'objet d'une enquête judiciaire pour un scandale qui a précipité la chute du dernier gouvernement.

Le ton apaisé d'Arlene Foster contrastait avec une campagne au vitriol, qui a vu les deux partis faire appel à leur base radicale, malgré des appels à la concorde de Londres et Dublin.

MENACE DU "DIRECT RULE"

La dirigeante du Sinn Fein, Michelle O'Neill, a pour sa part salué "une journée formidable". Les nationalistes ont bénéficié d'une hausse de la participation, la plus forte depuis les élections suivant l'accord de paix du Vendredi saint de 1998.

Les unionistes n'ont pas réussi à rassembler les voix nécessaires pour obtenir 30 sièges à l'Assemblée régionale, ce qui les prive de leur pouvoir de veto, qu'ils ont notamment utilisé pour bloquer la légalisation du mariage homosexuel.

Les deux principaux partis disposent désormais de trois semaines pour former un nouveau gouvernement. Si les négociations en vue de la formation d'un nouvel exécutif échouent, les pouvoirs seraient rendus au parlement de Westminster dans le cadre du "direct rule".

Malgré la menace d'un retour au contrôle direct de Londres, qui fait horreur aux nationalistes et priverait les unionistes d'une voix au chapitre pendant les négociations en vue du Brexit (rejeté par 56% des Nord-Irlandais lors du référendum), un tel accord semble difficile à atteindre.

Le Sinn Fein a en effet posé des conditions que le DUP a d'ores et déjà rejetées, dont le retrait d'Arlene Foster et l'adoption d'une loi reconnaissant les droits des habitants parlant le gaélique.

"Tout a changé et le paysage politique à partir de lundi sera complètement différent", a résumé le ministre sortant des Finances et membre du Sinn Fein, Mairtin O'Muilleoir.

(avec Conor Humphries et Padraic Halpin, Julie Carriat et Gilles Trequesser pour le service français)

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