Iran : les manifestants ripostent à la répression policière, du jamais-vu

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Ils s’en prennent directement aux forces de l’ordre qui tentent de réprimer les manifestations, attaquent les véhicules de police et les bâtiments gouvernementaux : les manifestants iraniens font preuve d’une audace nouvelle dans les rassemblements qui ont cours depuis le 16 septembre, jour de la mort de Mahsa Amini, 22 ans, à la suite de son arrestation par la police des mœurs. Des vidéos témoignent de la virulence de leur réaction, à travers tout le pays.

Mahsa Amini a été arrêtée le 13 septembre par la police des mœurs iranienne, la "Gasht-e-Ershad", chargée de faire respecter les lois sur le port obligatoire du voile dans le pays. Elle a été transportée à l'hôpital quelques heures seulement après son arrestation et y est décédée trois jours plus tard.

Les autorités iraniennes ont affirmé qu'elle avait été victime d'une "crise cardiaque", mais les déclarations de la famille de la jeune femme et les analyses de médecins mettent à mal cette version. Pour les manifestants, son décès est directement lié au traitement que lui a infligé la police des mœurs.

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Les manifestations qui ont commencé dès l’annonce de sa mort ont été meurtrières. Le bilan officiel des affrontements est passé jeudi à au moins 17 morts. Cependant, l'ONG Iran Human Rights, basée à Oslo, a estimé qu'au moins 31 civils avaient été tués à cette date.

La police anti-émeute n’a pas hésité à tirer à balles réelles ici et là, en parallèle de l’utilisation de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Mais la répression n’a jusqu’ici pas entamé la motivation des manifestants, dont certaines se défendent avec une ferveur nouvelle face aux forces de l’ordre.

À Sari, une ville du nord de l'Iran, des manifestants ont affronté les forces de sécurité le 20 septembre.

À Tabriz, les manifestants ont jeté des pierres sur les véhicules de la police anti-émeute.

À Amol, ils ont avancé contre une ligne de véhicules de police, obligeant les forces de l’ordre à se retirer.

À Rasht, d'autres manifestants ont fait équipe pour affronter des policiers. Dans cette vidéo, un agent de la police anti-émeute, armé d'un Taser, est assailli et violemment frappé par des dizaines de manifestants, sous les encouragements de spectateurs.

Des scènes similaires ont eu lieu à Qeshm, Machhad ou Lahijan et dans plus de 20 autres grandes villes d'Iran, dont Téhéran.

Des droits des femmes au désarroi économique

Ce sont les femmes et les droits des femmes qui ont été à l’origine des manifestations, mais très vite, les protestataires ont inclus la défiance envers le régime et le ras-le-bol d’une situation économique étriquée dans leurs revendications. Des vidéos montrent des femmes brûlant leur foulard et se coupant les cheveux. D'autres montrent des manifestants en train de détruire des affiches du Guide suprême, Ali Khameini.

Deux slogans en disent long sur les aspirations des manifestants : “Femme ! Vie ! Liberté", inventé lors de ces manifestations, et "Mort au dictateur", déjà entendu auparavant.

Les manifestants ont également pris d'assaut des bâtiments gouvernementaux dans tout le pays, ainsi que des mairies.

Internet et les réseaux de téléphonie mobile ont été coupés en Iran pour tenter d'endiguer la dissidence. Les autorités n'ont pas confirmé les décès signalés lors des manifestations.

Dans un discours prononcé le 21 septembre, le Guide suprême Ali Khameini n’a fait aucun commentaire sur les manifestations. Les autorités iraniennes ont déclaré qu'elles enquêteraient sur la mort d'Amini, tout en niant toute responsabilité.