Iran: l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi élu au premier tour de la présidentielle

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Présidentielle en Iran: l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi l'emporte au premier tour - ATTA KENARE / AFP
Présidentielle en Iran: l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi l'emporte au premier tour - ATTA KENARE / AFP

L'ultraconservateur Ebrahim Raïssi a remporté sans surprise la présidentielle iranienne au premier tour, selon des résultats quasi définitifs publiés samedi au lendemain du scrutin. Sans donner de précisions sur la participation, la commission électorale a indiqué que le candidat avait obtenu 62,2% des voix après dépouillement de "plus de 90%" des bulletins.

Sans attendre la publication de ces résultats, le président sortant Hassan Rohani avait félicité "le peuple pour son choix" ayant permis de dégager un vainqueur dès le premier tour. Selon les chiffres officiels partiels, c'est le général de division Mohsen Rezaï, ancien commandant en chef des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, qui terminerait deuxième avec plus de 11,5% des voix.


Sur fond de craintes d'une abstention massive après des appels au boycottage de l'élection, les opérations de vote ont été étendues considérablement, jusqu'à 2 heures du matin samedi pour permettre une participation maximale dans de bonnes conditions compte tenu de la pandémie de Covid-19 qui frappe durement le pays.

Ras-le-bol général

Chef de l'Autorité judiciaire, Ebrahim Raïssi, 60 ans, faisait figure d'archifavori, faute de concurrence réelle après la disqualification de ses principaux adversaires. La campagne électorale a été fade, sur fond de ras-le-bol général face à la crise. Se présentant comme le champion de la lutte anticorruption et le défenseur des classes populaires au pouvoir d'achat miné par l'inflation, Ebrahim Raïssi est le seul des quatre candidats à avoir véritablement fait campagne.

"J'espère qu'il saura (épargner à la population) les privations", a confié à l'AFP vendredi une de ses électrices à Téhéran, une infirmière drapée dans un tchador noir.

Réélu en 2017 au premier tour face à Ebrahim Raïssi qui avait alors obtenu 38% des voix, le président Hassan Rohani, un modéré qui quittera le pouvoir en août, finit son second mandat à un niveau d'impopularité rarement atteint. À Téhéran, il n'est pas compliqué de trouver des abstentionnistes accusant le gouvernement de n'avoir "rien fait" pour le pays ou ne voyant pas l'intérêt de participer à une élection courue d'avance, voire selon eux "organisée" pour permettre au candidat Raïssi de gagner.

"L'incarnation de la répression"

Le président a des prérogatives limitées en Iran, où l'essentiel du pouvoir est aux mains du guide suprême. Le bilan de Hassan Rohani est entaché par l'échec de sa politique d'ouverture après le retrait des Etats-Unis, en 2018, de l'accord sur le nucléaire iranien conclu avec les grandes puissances. Ce retrait et le rétablissement de sanctions américaines punitives qui a suivi ont plongé le pays dans une violente récession en privant notamment le gouvernement de ses recettes pétrolières à l'exportation.

En décembre et janvier 2017-2018 et en novembre 2019, deux vagues de contestation ont été violemment réprimées. Sur la question du redressement de l'économie, Ebrahim Raïssi a déclaré a plusieurs reprises que la priorité du pays était d'obtenir la levée des sanctions américaines, et donc de poursuivre les négociations en cours pour sauver l'accord de Vienne en y réintégrant les Etats-Unis.
Pour l'opposition en exil et des défenseurs des droits humains, le nouveau président élu est l'incarnation de la répression et son nom associé aux exécutions massives de détenus de gauche en 1988, à l'époque où il était procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran.

Interrogé en 2018 et en 2020 sur cette page noire de l'histoire récente, il avait nié y avoir joué le moindre rôle, mais a rendu "hommage" à l'"ordre" donné selon lui par l'ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, de procéder à cette épuration. Ebrahim Raïssi figure également sur la liste noire des responsables iraniens sanctionnés par Washington pour "complicité de graves violations des droits humains".

Article original publié sur BFMTV.com

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